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Leurs regards sur 2017

Posté par jacques LAUPIES le 2 janvier 2018

 

 

Vendredi, 29 Décembre, 2017
Humanite.fr
Leurs regards sur 2017

Ils sont militants politiques, syndicaux, associatifs, citoyens, lanceuse d’alerte ou historien. L’année 2017 les a bousculés, comme tant de Français, du point de vue politique et social, sociétal, des droits de l’homme… Parce qu’ils portent un regard particulier sur ces événements, l’Humanité leur a donné la parole.

 
Sandrine Rousseau. « La France a plus de difficultés que d’autres à entendre les femmes.»

2017 vue par Sandrine Rousseau, militante écologiste contre les violences sexuelles.

« Je retiens avant tout de 2017 le mouvement de prise de parole des femmes pour dénoncer, mettre en lumière et combattre le harcèlement et les violences sexuelles. Nous n’avons pas connu non plus une révolution : la France a beaucoup de mal avec ce sujet. Elle a plus de difficultés que d’autres à entendre les femmes. Chez nous, 2017 n’aura pas vraiment le caractère historique qu’elle a déjà ailleurs sur cette question, comme aux États-Unis ou en Suède, qui ont évolué plus vite,  en quelques semaines. Nous sommes plutôt dans le cadre d’une avancée lente, en douceur… Notre pays a très peur  de la délation, qui renvoie  à l’idée de dénoncer quelqu’un qui ne doit pas l’être,  loin de ce qui a constitué  le mouvement de cette année :  la libération de la parole  des victimes. C’est très différent.  Il aurait fallu s’enthousiasmer davantage…

Je pense que ce pays ne voulait pas trop voir la vérité en face.  Il se comporte comme  si un secret de famille avait  été dévoilé : au milieu du tabou, des non-dits, des partis pris, certains appellent au silence, d’autres font semblant  d’être surpris, et certains  se rebellent. Reste que si les hommes n’ont pas assez bougé,  certains l’ont quand même  fait et pour la première fois,  nous nous posons vraiment  la question de l’importance  du harcèlement dans notre société. 2017 aura quoi qu’il arrive été marquée par l’impact que cela prend sur la vie  des femmes, et par l’ampleur  du nombre de femmes concernées, toutes générations confondues. »

 
Cédric Herrou. « L’État est devenu la terreur des faibles.»

2017 vue par Cédric Herrou, citoyen de la vallée de la Roya solidaire des migrants.

« Au cours de l’année, mon domicile est devenu une terre d’asile, “la terre de l’homme fou qui aide sans réfléchir”, disait Ousman, venu du Tchad. Seulement trois hectares de terre protégeant des hommes et des femmes poussés par la volonté de vivre. Un “camp” pour certains, une utopie pour d’autres. Le préfet n’est pas la justice, seule la justice peut entrer en propriété privée. Ici les Noirs pourchassés devenaient des hommes ayant des droits, et le préfet n’en voulait pas.

Cette terre de paix s’est transformée au fil des mois en camp retranché. Ce refuge s’est vu encerclé par les forces armées de l’État français. Jour et nuit, ils étaient des dizaines d’hommes à se relayer pour épier, surveiller, traquer. Sur les routes, les hommes armés ont encerclé le havre de paix, empêchant femmes, hommes et enfants d’accéder aux droits fondamentaux de notre République. L’État est devenu la terreur des faibles. Ici ce n’est plus la France. Ici c’est le Soudan, l’Érythrée, le Tchad, la Somalie, ici, c’est la Libye.

Ça fait peur parfois, surtout la nuit, quand on entend la porte grincer. C’est la nuit qu’on imagine le pire, les rêves font resurgir les émotions de la journée. Les pas du chat noir sur le parquet deviennent des pas de gros gaillards aux crânes rasés. Le bruit du vent dans les arbres devient une perquisition musclée. Le glapissement enroué du renard se transforme en hurlements d’une jeune femme perdue dans la forêt.

Nous étions comme des marins sur un bateau se battant contre le vent violent. Le bateau gîtait à la limite de dessaler :  vus du bateau nous avancions, vus de la terre nous reculions. Les courants nous trompaient. Deux mondes se battaient, le nôtre, sans arme ni violence, et celui orchestré par le préfet. Mais quand on n’a pas d’armes, on utilise ce qu’on a de plus fort en soi, le bon sens, l’amour  et la fraternité.

Briser le bateau d’un marin ne le tue pas, mais lui donne la rage. Pas la rage à laquelle vous pensez, celle qui rend le monde aigri, mais celle qui fait qu’on se sent en vie, celle qui donne envie de se battre pour l’amour de naviguer où bon nous semble.

En début d’année, ma volonté était que l’État prenne le relais, qu’il était de son devoir  de protéger toute personne  en danger. Puis les morts  à la frontière franco-italienne se sont banalisées, la police  et la justice sont devenues  les bras armés d’une politique dérivante et discriminante.  Le pas a été franchi,  je ne pourrai plus rien attendre de cet État, mais je garde confiance en vous, acteurs  de notre société. Que l’année 2018 soit l’année de convergence des luttes, pour que la France redevienne celle des droits des femmes et des hommes, pour  que la politique redevienne  au service du peuple.  Ne nous décourageons  pas, la lutte restera belle  tant que nous aurons confiance en elle. »

Vendredi, 29 Décembre, 2017
L’Humanité
Photo : Guillaume Clément

2017 vue par Jérôme Pimot, ex-livreur à vélo, autoentrepreneur, cofondateur du Clap.

« Si je dois retenir une chose de cette année, c’est l’éveil sociétal des réseaux sociaux dans la prise de conscience collective. On l’a constaté par la libération de la parole des femmes à la suite de l’affaire Weinstein ou les révélations d’agressions chez Uber (qui ont mené à son interdiction à Londres) en plus des révélations de Susan Fowler sur le sexisme quasi institutionnel chez les cadres du géant des VTC. Les gens semblent doucement comprendre qu’Internet ne sert pas qu’à consommer bêtement. Est-ce parce que je me suis intéressé très tôt “à ce truc”, Internet, mais quand il s’est agi de dénoncer l’escroquerie sociale des plateformes, j’ai utilisé mes comptes Twitter et Facebook. C’est d’ailleurs assez étrange de voir que ce dernier, qu’on assimile souvent à un paroxysme de futilité et d’intrusion, peut se transformer en arme pour clasher le “grand capital”… dont il est un pur produit.

Disons-le tout “Net”, la lutte que les livreurs ont entamée contre les plateformes aurait été plus complexe sans la mise en lumière exponentielle qu’offrent les réseaux sociaux. Mon travail consistant en partie à observer ce qui se passe dans le petit monde de l’exploitation à bicyclette, je peux dire que les messageries instantanées sont très utiles pour organiser le rapport de forces et j’ai ainsi été le témoin privilégié du revirement médiatique concernant l’ubérisation. J’ai vu aussi comment on est passé de deux grèves en 2016 chez Deliveroo à… quarante en 2017, partout en Europe ! Ça dit des trucs, non ?

Ça dit que 2018 va être “très chaude” et je ne parle pas de réchauffement climatique. Entre la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, dont on nous prépare déjà “médiatsychologiquement” à “un assaut et des morts”… et la pression accrue mise sur les chômeurs, il va y avoir “du très sale” !

Il faudra sans doute moins regarder la télé ou, disons, plus pertinemment, et davantage réfléchir, agir et construire une société plus juste. En attendant, ce que je vois quotidiennement à vélo dans les rues de Paris, c’est la multiplication des SDF et de la mendicité. Difficile de ne pas y voir un parallèle mortifère. J’espère qu’en 2018 une presse encore un peu indépendante mettra davantage en évidence la différence gigantesque entre fraude fiscale et fraude sociale. Il faudra aussi que les gens apprennent à consommer-plus-responsable. On va les y aider avec le Clap (Collectif des livreurs autonomes de Paris – NDLR), et le projet Coopcycle.org. N’oublions pas que “le client est roi mais qu’il n’est de bon roi qui ne soit bien éduqué”, et on ne peut pas laisser cette éducation aux MarchanTs. »

Ian Brossat. « Macron roule à contresens, et à contretemps.»

Vendredi, 29 Décembre, 2017
L’Humanité

2017 vue par Ian Brossat, maire adjoint (PCF) de Paris, en charge du logement.

 

« Je pourrais vous parler longuement ici de la séquence électorale que nous venons de vivre. Je ne vais pas le faire. D’autres l’ont fait. Beaucoup. Jusqu’à plus soif. On ne compte plus le nombre de livres parus depuis sur le grand chambardement intervenu ce printemps. J’ai envie de m’attarder sur autre chose. J’ai envie de vous parler de victoires.

Il s’appelle Mohamed. Je le croise en janvier 2017. On le reconnaît facilement à sa silhouette fluette, légèrement voûtée, son regard émacié d’homme que la vie n’a pas épargné. Il doit approcher les 70 ans. Il travaille encore, à la Goutte-d’Or. Il s’avance vers moi et dit “merci”. La première fois que nous sommes vus, c’était quatre mois plus tôt, sur un terrain de boules, à quelques rues de là. Il n’avait pas haussé le ton, mais il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre qu’il était en colère. Il m’a parlé de son fils, Mourad. Arrêté un an plus tôt, il a passé un an en maison d’arrêt. À l’origine, un incendie, 4, rue Myrha. 8 morts. Les caméras de vidéosurveillance ont repéré un SDF qui passait par là. C’est lui. Un an pour rien. Il n’a rien fait. Un autre avoue, il est libéré. SDF il était, SDF il demeure. La rue, la prison, le retour au bitume. Il y a des histoires qui vous rendent fou. Son père m’en parle donc. On finit par s’en occuper, il remplit la liasse de formulaires épaisse comme le dictionnaire qui manquent à son dossier. Il finit par être relogé. Il a sa chambre, ses clés, son appartement. Une victoire. Et une interrogation quand même : qu’est-ce qu’un système qui produit des injustices comme celle-ci ?

196 mètres de long, 8 mètres de large, 40 000 pétitions pour refuser “un nouveau Sangatte dans le 16e”, beaucoup de décibels, deux tentatives d’incendie. Et désormais, 203 personnes qui vivent ici. Le 4 novembre, nous avons soufflé la première bougie du centre pour sans-abri installé en lisière du bois de Boulogne. Une curieuse impression de calme qui tranche avec le bruit des vociférations entendues un an plus tôt. Les enfants des familles hébergées sont scolarisés dans les écoles publiques du quartier. Certains sont même invités à faire du hockey sur gazon à quelques encablures d’ici. J’en tire deux leçons. La première, c’est que nous avons bien fait de tenir bon. La politique peut être autre chose qu’une longue série de renoncements. Il faut pour cela remercier tous ceux qui n’ont pas flanché, et notamment les équipes de l’association gestionnaire, Aurore, qui ont en plus fait la démonstration de leur formidable compétence. Une deuxième leçon : beaucoup ne croyaient pas que nous allions le faire. Dans le 16e, bien entendu. Mais pas seulement. Dans mon arrondissement, le 18e, j’ai été frappé par le nombre de gens qui n’y croyaient pas. Quand nous avons un centre pour réfugiés à la porte de la Chapelle à peu près en même temps, une drôle de rumeur s’est répandue dans le quartier : comme nous avions échoué à faire celui du 16e, nous l’installions dans un quartier populaire, où il serait moins contesté. En réalité, nous avons fait les deux. Cela en dit long malgré tout. Nous nous sommes faits à la défaite. Nous avons perdu l’habitude de gagner. Et du coup, quand nous remportons des victoires, nous n’y croyons pas nous-mêmes. Et dans ce “nous”, il y a un paquet de monde. Il y a, en fait, une bonne part de ceux qui auraient intérêt à ce que ça change. Il faut retrouver la niaque et l’envie de gagner.

Début décembre, à Barcelone. Première rencontre avec la nouvelle équipe municipale d’Ada Colau. Le contexte est forcément perturbé par le débat sur l’indépendance de la Catalogne. Mais je suis ici pour échanger sur la situation du logement dans nos villes. Cela coïncide, par ailleurs, avec un sommet des villes qui porte notamment sur ces enjeux. Elle est belle, cette nouvelle équipe municipale barcelonaise. Ils ont l’enthousiasme communicatif. Et pourtant, ils ont du pain sur la planche : 1,5 % de logements sociaux, des loyers qui s’envolent, des quartiers cannibalisés par la prolifération des locations touristiques. Mais ils viennent de gagner, et ils ont encore le vent dans les voiles. Ils veulent savoir comment nous avons fait, à Paris, pour atteindre le seuil des 20 % de HLM. Je leur raconte. Pendant ce temps-là, le gouvernement français s’attelle à broyer le modèle français du logement social. Les échanges avec mes collègues d’autres métropoles me le confirment : à Vienne, à Amsterdam, à Berlin, partout se cherchent de nouveaux outils de régulation pour contenir la folie immobilière. Même à Londres. Il paraît que notre nouveau président veut mettre la France en marche. Une chose est certaine : il roule à contresens, et à contretemps. Mais cela veut dire aussi que nous avons des alliés un peu partout pour promouvoir une autre voie. »

Cet article a été publié le Mardi 2 janvier 2018 à 1 h 00 min et est catégorisé sous Non classé. Vous pouvez suivre les réponses à cet article par le fil Flux des commentaires. Vous pouvez laisser un commentaire. Les trackbacks sont fermés.

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