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Qu’est ce que ces communistes qui sont frileux lorsqu’une majorité (même relative) se prononce pour de nouveaux choix politiques et voudraient que ceux qui ont soutenu et conduit celle qui a été mise en cause continuent à être les responsables de demain ?

Posté par jacques LAUPIES le 10 novembre 2018

 

Photo Julien Jaulin/Hans Lucas.

Photo Julien Jaulin/Hans Lucas.

PCF. Dernière ligne droite avant un congrès inédit

Vendredi, 9 Novembre, 2018

Ce week-end, les fédérations du PCF commencent à amender le texte de « base commune » de son congrès et à plancher sur l’épineuse question de sa direction.

À quinze jours de son congrès, une cinquantaine de fédérations du PCF planchera ce week-end sur le nouveau texte de « base commune » adopté par les communistes début octobre. Ce vote avait porté en tête un texte « alternatif » à celui proposé par le Conseil national, créant une situation inédite dans l’histoire du PCF. Stratégie politique, direction… ces enjeux devraient à nouveau occuper les échanges ce week-end et ceux de la deuxième vague de congrès locaux, la semaine suivante. D’autant que le texte, « Pour un manifeste du Parti communiste du XXIe siècle », est arrivé premier sans obtenir de majorité absolue (42 % contre 38 % pour celui proposé par la direction nationale). « Le texte doit mieux correspondre à l’ambition de tous les communistes ; beaucoup d’enrichissements sont apportés, notamment sur le projet, la question des européennes, les échéances électorales », explique Aymeric Seassau, secrétaire de la fédération de Loire-Atlantique, où les militants se sont prononcés à 58 % en faveur du Manifeste. « Une orientation a été choisie, il s’agit d’enrichir sans dénaturer », ajoute-t-il.

Ce texte n’a pourtant pas les faveurs des communistes partout en France. « Plein de choses y sont mises de côté comme les quartiers populaires, l’utilité du Parti dans le quotidien des gens… » pointe, par exemple, Amadou Deme. Dans sa fédération de l’Essonne, le projet de base commune du Conseil national avait emporté la majorité. L’un des enjeux clés pour ce responsable local : « La question du rassemblement. » « Elle est au cœur de nos débats parce que beaucoup de communistes ont été meurtris ces dernières années, avec des appréciations très différentes. Elle va s’aiguiser avec les européennes qui approchent. » Face à ce contexte exceptionnel, « ce ne sera pas forcément facile, mais il faut en sortir par le haut et cela passe par une vraie confrontation d’idées », insiste Amadou Deme. Car le risque n’est pas écarté, selon lui, que « des communistes tournent le dos au Parti communiste ». Le secrétaire fédéral de Paris, Igor Zamichiei, qui a soutenu le Manifeste, tempère. Pour lui, il existe de toutes parts « une vraie volonté de rassembler largement », mais deux écueils sont à éviter : « Se compter jusqu’au bout » au risque de cliver, ou d’aboutir à « une synthèse molle ».

Une semaine qui ne s’est pas écoulée comme un long fleuve tranquille

Pour d’autres, la situation est plus critique. « Est-ce que le message qu’on va envoyer avec ce congrès, c’est 1, on a viré le secrétaire national et, 2, on revient cinquante ans en arrière ? » lance Amadou Deme. « Bien sûr que pour nous rendre plus opérationnels, la réponse passe par plus d’activités, plus de combats idéologiques, plus de propositions au quotidien, mais par contre elle ne passe pas, selon moi, par revenir à un Parti communiste “guide”, qui n’est plus adapté à la société d’aujourd’hui », abonde la députée européenne Marie-Pierre Vieu. « Il existe un écueil, celui d’opposer identité (du PCF) et rassemblement pour faire front (face aux politiques à l’œuvre). On a besoin des deux car on ne peut pas rassembler si on n’a pas un Parti communiste à l’aise avec ses idées et prêt à les défendre », considère pour sa part le responsable de Loire-Atlantique.

Pour l’élue européenne, le risque plane cependant que le débat sur le fond ne soit confisqué. « Je pense qu’il faut remettre les vraies questions sur les rails, analyser le mouvement qui se dessine d’une offensive néolibérale très dure au plan social mais aussi autoritaire et liberticide, avec un décrochage de notre peuple et, faute de perspectives à gauche, des montées de populisme et de l’extrême droite », assure celle qui plaide notamment pour plancher sur les questions européennes, « l’un des leviers de la recomposition à l’œuvre ». Et de regretter : « De fil en aiguille et très vite, le débat s’est déplacé. On était chargés de faire un bilan critique de notre action, on est en train d’assister à une opération de dégagisme. »

Car la semaine ne s’est pas écoulée comme un long fleuve tranquille. Mardi, lors de la réunion de la commission des candidatures, un vote a statué à 26 voix contre 24 (sur 118 membres) qu’« une majorité des intervenant(e)s (lors de cette réunion – NDLR) a exprimé l’idée qu’une liste commune ne pourrait se concevoir avec Pierre Laurent proposé comme secrétaire national ». « Le vote a porté sur le compte rendu de la commission à propos de nos débats sur le ou la futur(e) secrétaire national(e), mais la commission n’a pas pris de décision sur ce plan », explique Gilles Ravache, son président. « Ce qui s’est passé est indigne parce qu’on ne va pas régler à 50 personnes par la petite porte des questions de direction qui appartiennent à tous les communistes », argue Marie-Pierre Vieu.

Lors du dernier Conseil national, à la mi-octobre, outre Pierre Laurent, le député du Nord Fabien Roussel s’était également déclaré en « disponibilité » pour ce mandat. Mais, depuis la réunion de mardi, un autre nom circule, celui du secrétaire fédéral de Paris, Igor Zamichiei. « Je ne souhaite pas confirmer ma disponibilité », explique celui-ci, estimant que la question du « secrétaire national ne peut pas concentrer tous les débats », tout en affirmant une « volonté de renouvellement de ce point de vue-là et, surtout, d’une direction capable de créer des initiatives efficaces et un Parti communiste plus visible et plus actif ».

« Prendre en compte l’exigence de changement qui a été exprimée »

Une majorité a également refusé, lors de la réunion de mardi, de recevoir les candidats, ce que certains regrettent. « Je n’ai pas de problème avec Untel ou Untel, mais si, au niveau local, on ne connaît pas leur position, on est dessaisis du débat », considère Amadou Deme, qui fustige la violence des critiques à l’égard de Pierre Laurent et espère qu’il n’est pas trop tard pour trouver une solution collective. « On a l’opportunité de faire passer un cap démocratique à notre parti en évoquant la question du secrétaire national au sein de la commission, ce qui n’est pas de tradition. Mais il faut concevoir une équipe et voir qui est le plus à même de l’animer, pas choisir le premier pour voir ensuite qui on met autour », insiste pour sa part Gilles Ravache. Reste que, pour une partie des communistes à l’instar d’Aymeric Seassau, « il faut prendre en compte l’exigence de changement qui a été exprimée ». « Cela doit se faire dans un esprit positif et de rassemblement. Quand on m’interroge pour savoir si les communistes veulent virer le patron, je réponds que les communistes n’aiment ni les licenciements ni les patrons », développe-t-il.

Ce week-end, le débat est désormais dans les mains des fédérations. Des résolutions se prononçant sur cette question de la direction devraient être adoptées dans certaines d’entre elles. Quant à la commission nationale, elle se réunira de nouveau le 20 novembre, pour examiner les propositions de candidatures au Conseil national émanant des fédérations. Avec une mission délicate : concocter une liste qui sera soumise au congrès, avec un seul nom à sa tête.

Julia Hamlaoui
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