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ANKARA VEUT ANÉANTIR LA RÉVOLUTION AU ROJAVA

Jeudi, 10 Octobre, 2019

Syrie. Les bombes turques s’abattaient hier sur le nord-est de la Syrie. Erdogan entend annexer la région et détruire l’administration autonome qu’y font vivre Kurdes et Arabes.

 

Fort de l’appui de la Maison-Blanche, il n’a pas tardé à mettre ses menaces à exécution. Hier, Recep Tayyip Erdogan a annoncé le début d’une opération militaire planifiée de longue date dans le nord-est de la Syrie contre les Forces démocratiques syriennes (FDS) fédérant les Kurdes des Unités de protection du peuple (YPG) et leurs alliés arabes. À l’esprit de revanche, le président turc ajoute le cynisme : cette offensive, la troisième depuis 2016, est baptisée « Sources de la paix ». Objectif affiché par Ankara : débarrasser la région des YPG, désignées comme des « terroristes » ; annexer, à l’est de l’Euphrate, une bande de territoire longue de 120 km et profonde d’une trentaine de kilomètres, entre les villes de Tal Abyad et Ras al-Aïn, cibles, dès hier, des bombardements aériens et des tirs de l’artillerie turque.

Un vivier de mercenaires islamistes

Dans ces zones, des milliers d’habitants fuyaient comme ils le pouvaient, en voiture, à moto et même à pied, les villages pilonnés. « Les avions de guerre turcs ont commencé à mener des frappes aériennes sur des zones civiles, il y a une forte panique parmi les gens », alertait dans l’après-midi Mustafa Bali, un porte-parole des FDS.

Cette agression est la conséquence directe du feu vert donné lundi par le président Donald Trump à son homologue turc, qui le pressait d’ouvrir la voie à l’annexion d’une partie du territoire syrien, au prétexte de créer une « zone de sécurité » frontalière. La Maison-Blanche ne s’est pas contentée d’annoncer le retrait des troupes américaines déployées dans le cadre de la Coalition internationale anti-Daech en appui aux FDS, qui ont joué un rôle décisif dans le démantèlement du « califat » territorial de l’« État islamique » (EI). Elle confiait à Ankara, dans le même mouvement, la responsabilité des 12 000 terroristes (dont 2 000 étrangers) capturés par les FDS dans les combats contre l’EI et détenus sous leur garde dans les prisons du nord-est de la Syrie. Un dangereux vivier de mercenaires pour Erdogan, prêt à mettre ces djihadistes, qui ont longtemps bénéficié de ses complicités, dans la balance de sa politique de chantage vis-à-vis de l’Occident, de l’Europe en particulier (voir ci-contre). « Un jour, lorsque la Turquie utilisera ces combattants de l’EI comme une menace pour l’Europe et le monde (…), nous rappellerons à ceux qui ont fait confiance à la Turquie pour gérer leur détention que leur silence en était la principale raison », a prévenu Mustafa Bali.

Erdogan assume l’usage de supplétifs islamistes, chargés des basses besognes dans les zones que l’armée turque occupe déjà à l’ouest de l’Euphrate. Il se flatte de bénéficier, pour cette incursion, d’une « Armée nationale syrienne » recyclant en fait des milliers de « rebelles » islamistes. Le Front al Nosra, la branche syrienne d’al-Qaida, se félicitait d’ailleurs hier, par la voix de l’un de ses chefs, Abu Mohammad Al Jolani, de cette invasion turque.

Les brusques annonces de Trump, lundi, ont suscité la stupéfaction. Elles ont pris de court le département d’État comme le Pentagone, où l’on redoute les conséquences potentiellement incendiaires, pour toute la région, du retrait américain et de l’incursion turque. « Nous ne soutiendrons pas d’opération turque dans le nord de la Syrie », a prévenu le porte-parole du département de la Défense, Jonathan Hoffman, en mettant en garde contre les « risques » induits par une « action unilatérale ». Empêtré dans la procédure de destitution qui le vise, Donald Trump affectait entre-temps de manœuvrer en recul, en se disant prêt à « détruire complètement l’économie turque » si Ankara devait « dépasser les limites ». De quoi semer la consternation parmi les alliés des forces kurdes qu’Erdogan promet de détruire…

Ambiguïtés russes

Hier soir, alors que s’égrenait déjà le macabre décompte des victimes civiles, Paris condamnait « très fermement » l’offensive turque, tout en annonçant son intention de saisir le Conseil de sécurité des Nations unies avec l’appui de « la plus grande coalition » possible. Même ton à Bruxelles : « La Turquie doit cesser l’opération militaire en cours. Elle ne donnera pas de résultat. Et si le plan de la Turquie est la création d’une zone de sécurité, n’attendez pas de financement de l’Union européenne », a prévenu le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Plus ambiguë, la Russie dénonçait par la voix de son chef de la diplomatie, Serguei Lavrov, les « contradictions » et le « jeu dangereux » de Washington. Lors d’un entretien téléphonique, Vladimir Poutine invitait son homologue turc, avant les premiers raids aériens, à « bien réfléchir » aux conséquences de ses menées en Syrie. Le rapprochement mis en scène par les deux hommes explique cette prudence : Ankara et Moscou cultivent depuis deux ans des relations politiques, commerciales et militaires de plus en plus étroites, avec des répercussions équivoques sur le complexe échiquier syrien. Chacun joue sa partie. Erdogan, lui, table sur une occupation durable, voire définitive du nord-est syrien, qui lui offrirait le contrôle de l’ensemble des régions kurdes (turque, syrienne, irakienne), tout en gardant l’œil sur le Kurdistan iranien. Il est décidé à anéantir, au passage, une expérience politique révolutionnaire et les espoirs de paix qu’elle porte : celle de l’administration autonome du nord et de l’est de la Syrie. Au Rojava, Kurdes et Arabes, tournant le dos aux divisions confessionnelles et communautaires, tentent de donner corps à un projet de société laïque, démocratique, égalitaire. Aux antipodes de la dictature islamo-conservatrice qui sème la terreur en Turquie.

Rosa Moussaoui

Cet article a été publié le Jeudi 10 octobre 2019 à 22 h 30 min et est catégorisé sous Non classé. Vous pouvez suivre les réponses à cet article par le fil Flux des commentaires. Vous pouvez laisser un commentaire. Les trackbacks sont fermés.

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