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L’Humanité à la pointe de l’information sur l’action des gilets jaunes, un mouvement qu’il faut renforcer et soutenir…

Posté par jacques LAUPIES le 17 janvier 2019

L'Humanité à la pointe de l'information sur l'action des gilets jaunes, un mouvement qu'il faut renforcer et soutenir... 63083.HR

 

eue de Bordeaux. N. Tucat/AFP
 

Gilets jaunes. Soixante jours qui ont tout bousculé

Jeudi, 17 Janvier, 2019

Depuis le 17 novembre, les gilets jaunes ont remis sur le devant de la scène le monde populaire, révélé l’ampleur de la crise démocratique. Une mobilisation inédite qui a donné un coup d’arrêt au quinquennat d’Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron aime, décidément, les petits villages normands. Avant de débattre sept heures durant dans un gymnase du Grand-Bourgtheroulde, mardi, il avait fait une halte au Berd’huis, petite bourgade de l’Orne, en avril 2018, pour un rendez-vous avec Jean-Pierre Pernaut. Cela semble d’un autre temps. Un an après son élection, le président se sentait puissant. Aux syndicats qui luttaient contre la transformation de la SNCF, il prévenait qu’il irait « jusqu’au bout ». Aux étudiants et lycéens qui ferraillaient contre la logique de sélection de Parcoursup, il balançait qu’ils feraient mieux d’aller réviser. « Il n’y aura pas d’examen en chocolat dans la République », ajoutait-il, depuis une classe de CE2. Sans vergogne, il disait « merci » aux retraités de perdre des revenus du fait de la hausse de la CSG.

« Beaucoup de chemin a été parcouru mais il y a encore immensément à faire », disait-il alors. Les capitalistes ne pouvaient lui donner tort. Pour eux, le bilan était déjà amplement positif. L’ISF portant sur les placements financiers a été rayée d’un trait de plume. La flat tax, anglicisme utile pour masquer la fin de la progressivité de la fiscalité sur le capital, venait de passer comme une lettre à la poste. En 2019, le Cice gravé dans le marbre va rendre 40 milliards d’euros aux entreprises. Les difficultés ? Elles « ne m’arrêtent pas et, je ne suis pas naïf, je les avais même préméditées », déclarait, gonflé à bloc, le président des ultrariches. Il n’avait pas prémédité, visiblement, que la colère sociale jaillirait sur les ronds-points, que le cri d’une plus grande justice fiscale retentirait sous les fenêtres de l’Élysée, entièrement barricadé. Ni que cette contestation ruissellerait partout, sortant du lit habituel des défilés République-Nation, pour inonder les rues huppées de la capitale.

« C’est un moment central du quinquennat »

L’histoire dira quand le quinquennat d’Emmanuel Macron aura basculé réellement. Le 17 novembre ? Le 1er décembre, quand les émeutes enflammèrent les quartiers chics de l’Ouest parisien ? Ou le 10 décembre, lorsque, pour la première fois, Emmanuel Macron a reculé, après un exercice de contrition télévisé. « Le monarque a perdu de sa superbe », confiait à l’Humanité, ce soir-là, un gilet jaune de Montabon. Pour le président de la République, tout a changé lorsqu’il fut contraint de fuir sous les lazzis la préfecture incendiée du Puy-en-Velay, encore fumante. « C’est un moment central du quinquennat », confiera-t-il ce soir-là à des députés LaREM.

Plus rien, en effet, ne sera comme avant. Parce que l’on a vu surgir des visages, des figures jusqu’ici restées invisibles. Il fallait voir, sur les barrages ou dans les manifs, les gilets jaunes connectés sur les lives de BFMTV – ses cartons d’audience expliquant peut-être la position conciliante de cette chaîne au début du mouvement – pour comprendre la satisfaction des couches populaires et moyennes de se voir enfin représentées sur le petit écran. A refait surface tout un peuple que certains croyaient englouti pour toujours dans le « cauchemar pavillonnaire » (1), où un « prolétariat pacifié » aurait succombé au culte de la marchandise et de la propriété des zones périurbaines. Un « huis clos de l’ego » où l’on vivrait « ensemble séparé » dans une routine bien balisée, loin des manifs et des luttes collectives. Raté. Des milliers d’employés, d’ouvriers, de salariés ont fraternisé et manifesté pour la première fois. À l’image de Dimitri, menuisier de 31 ans, croisé samedi dernier sur les Champs-Élysées. « Je n’avais pas voté depuis Chirac et encore, parce que ma grand-mère m’y avait poussé ! Je ne m’intéressais pas à la politique mais j’ai participé dès le 1er acte des gilets jaunes parce que je ne peux plus continuer à vivre dans cette société inégalitaire. À Poissy, on s’est organisé en collectif, on fait des distributions de tracts dans la région pour éveiller les consciences. En manifestation, j’ai rencontré tous les métiers, des chômeurs, des brancardiers, des jeunes, des vieux… » Ce mouvement laissera des traces chez lui, et pas simplement parce qu’il a été violenté par la police, lors de l’acte IV. Cet habitant de Carrières-sous-Poissy (Yvelines), gagnant 1 700 euros par mois, en est sorti avec une blessure au genou, un téléphone cassé et la détermination qu’il ne lâcherait rien. « J’étais choqué, mais je suis passionné par ce mouvement, par cette volonté de trouver la bonne manière d’être juste. Comme Macron a déjà reculé sur la taxe carbone, il faut continuer. » Cette politisation expresse le pousse, aujourd’hui, à réclamer un changement de Constitution, estimant désormais que le référendum d’initiative citoyenne (RIC) ne « va pas assez loin ».

Plus rien ne sera comme avant, car ce mouvement mêle les revendications sociales et démocratiques. Là encore, c’est du jamais-vu. Le mouvement n’est pas né dans une entreprise, soulignait, visiblement soulagé, le patron des patrons, Geoffroy Roux de Bézieux, le 12 décembre, lors d’une cérémonie à l’hôtel Georges V. « Et d’ailleurs, le siège du Medef, souvent la cible des manifestations de travailleurs, a été totalement épargné par les gilets jaunes », ajoutait-il, avant de remettre un prix à plusieurs PDG, dont ceux de la Française des Jeux, de Veolia, d’Atos (Thierry Breton) ainsi qu’à Frédéric Oudéa (Société générale) (2). Sauf que ce mouvement, s’il a effectivement débordé les grandes centrales syndicales, ne peut toutefois être détaché du monde du travail, confiait, au début du mouvement, Benoît Coquart, sociologue à l’Inra. « J’ai échangé avec une salariée d’Amazon, croisée sur un rond-point. Autour du brasero, elle racontait comment il est très difficile de se syndiquer, de porter des revendications, dans cette entreprise où il y a beaucoup d’intérimaires et de CDD. Ce qu’ils ne peuvent plus faire dans leur entreprise, ils peuvent le faire via ce type de mouvement qui, à première vue, se déroule hors du monde du travail », rapporte ce chercheur. « Macron on assurera l’intérim », pouvait-on lire sur un mur de Dijon, entre deux slogans demandant la démission du chef de l’État.

« Le premier mouvement social du nouvel âge global »

Quant aux concessions lâchées par Emmanuel Macron, le 10 décembre, elles n’ont pas ému le patron du Medef. « C’est vrai que 15 milliards d’euros, cela fait beaucoup. Mais si cela permet de retrouver la paix civile, cela vaut le coup », a-t-il déclaré, avant de citer Lénine : « Il faut toujours être un pas devant les masses. »

Plus rien ne sera comme avant, car, pour la première fois depuis longtemps, les classes dominantes ont eu peur devant ce « monstre qui a échappé à ses géniteurs », ces « factieux », « séditieux » (Christophe Castaner) ou face à cette « foule haineuse » (Emmanuel Macron). Mais la stratégie répressive (lire ci-contre) n’a pas suffi à éteindre les défilés qui ont continué entre Noël et le Nouvel An. « C’est peut-être le premier mouvement social du nouvel âge global, défini par Saskia Sassen. Cet âge où les États ont volontairement délégué certains de leurs pouvoirs à l’Union européenne ou à des agences administratives indépendantes, éloignant d’autant la décision du citoyen », analysait Danielle Tartakovsky, historienne et spécialiste des mouvements sociaux, aux Échos. Mais la grande force de ce mouvement, qui a fédéré sous l’accessoire protecteur du gilet jaune des individus aux visions politiques très larges, pourrait constituer sa faiblesse pour la suite. Et s’il porte pour l’instant des revendications égalitaires et plutôt progressistes, c’est encore loin des forces qui inscrivent leur pas dans la longue histoire du mouvement ouvrier. Reste à savoir aussi quels en seront les débouchés sur le terrain de la politique institutionnelle. Bref, tout reste à faire pour inscrire définitivement 2018 dans la lignée de 1995, 1968, 1936 et 1789, comme le clamait récemment une pancarte de gilets jaunes.

(1) Le Cauchemar pavillonnaire, Jean-Luc Debry, l’Échappée, 2014. (2) Challenges, 12 décembre 2018.
Pierre Duquesne avec Cécile Rousseau

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Macron se débat, mais à l’aise, dans une débat d’où l’essentiel (pouvoir d’achat) est évacué.

Posté par jacques LAUPIES le 16 janvier 2019

 

J’ai suivi avec intérêt le « grand débat »  organisé avec les élus de Normandie. 

Malgré les interventions souvent pertinentes des maires présents qui ont tout de même rappelé que les difficultés sont de plus en plus grandes pour la gestion, ou parfois la mise en œuvre des services publics, malgré le talent indiscutable déployé par Macron pour répondre à leurs préoccupation, on constate une fois de plus que les solutions possibles aux vraies questions que se posent les français et que les gilets jaunes ont permis de faire émerger, que ces solutions sont éludées.

Emportés par l’exercice de séduction du Président tous ces élus l’ont finalement chaleureusement applaudi, oubliant un instant que rien n’est réglé. Mais à quoi bon s’étonner de cette contradiction que portent un certain nombre d’entre eux qui, sans que soit mis en cause leur mérite, fait partie du jeu médiatique organisé par les tenants du pouvoir. Des élus pour la plupart issus d’une petite bourgeoisie lesquels même conscients et éclairés sont plus préoccupés par leur fonction de gestionnaire que par les causes profondes des problèmes soulevés par les gilets jaunes et d’autres catégories de la population en souffrance qui n’étaient pas invités…

 

Macron se débat, mais à l'aise, dans une débat d'où l'essentiel (pouvoir d'achat) est évacué. 63057.HR

 

Élysée. Dans l’Eure, un lancement qui freine déjà le grand débat

Mercredi, 16 Janvier, 2019

Des élus de l’opposition mis à l’écart, des interventions triées sur le volet… ce premier rendez-vous d’Emmanuel Macron pour lancer le grand débat, devant des édiles dubitatifs, a montré les limites d’un exercice cadenassé par l’exécutif….

Le secteur est verrouillé. Aux ronds-points qui cernent les villages avant Bourgtheroulde, cette commune de l’Eure choisie pour accueillir le lancement du grand débat national par Emmanuel Macron, les gendarmes ont remplacé les gilets jaunes. Il faut montrer patte blanche pour s’approcher du gymnase Benedetti, où les maires (entre 600 et 800 ont été invités) sont conduits par d’incessantes rotations de bus. Devant l’église, il y a pourtant quelques dizaines de manifestants vêtus de leur signe de ralliement qui tapent du pied dans la froidure normande. Le grand débat ne les satisfait pas, mais ils profitent calmement des nombreuses caméras de télévision, des micros tendus des radios pour le dire.

Faire « le service après-vente de Macron »

Ils ne sont pas les seuls à exprimer leur méfiance, voire leur défiance. Dans le grand gymnase du collège, les maires appelés à « faire remonter le réel », nous dit l’un d’eux, sourire en coin, ont un peu l’impression de faire « le service après-vente de Macron ». Le matin même, le vice-président (PS) de l’Association des maires de France, André Laignel, avait prévenu : ce débat, « les maires ne l’ont jamais demandé ». Selon lui, il doit avoir lieu « entre l’État et les citoyens ». D’autant que certains dénoncent un biais. C’est le cas de Pierre Mouraret, maire de Dives-sur-Mer, premier vice-président de la communauté Normandie-Cabourg-Pays d’Auge. Contacté par le président de l’Association des maires du Calvados pour faire partie de la délégation départementale d’une centaine de maires, il apprenait « par le journal (Ouest-France – NDLR) qu’il n’y en aurait que deux qui prendraient la parole » : Joël Bruneau, le maire LR « macron-compatible » de Caen, et Sophie de Gibon, maire divers droite de la commune rurale de Canteloup. Il a décidé de boycotter. « Beaucoup d’élus se posaient la question de venir ou pas », abonde la sénatrice PCF de Seine-Maritime Céline Brulin : « On les a ignorés, insultés. Certains nous ont dit avec raison que cette rencontre n’avait de débat que le nom. »

« L’ISF, pas touche. Le Cice, pas touche »

Car voilà : dans sa lettre aux Français rendue publique dimanche soir, le président de la République a donné le cadre, « contraint, forcément », grincent les élus : « L’ISF, pas touche. Le Cice, pas touche. L’exit tax, la flat tax, pas touche. Autrement dit, Macron ferme le ban à propos des mesures qui ont provoqué et accentué la colère des oubliés, des humiliés de la République », déplorait le député PCF de Seine-Maritime Sébastien Jumel lors d’une conférence de presse organisée lundi par les élus communistes normands à Brionne. Dans cette commune de 4 300 habitants de l’Eure, ce sont ces « revendications de justice fiscale qui arrivent en tête » des cahiers de doléances, expliquait à l’Humanité le maire communiste Valéry Beuriot avant le débat. Hasard de la journée, ses administrés en gilets jaunes étaient reçus hier en début d’après-midi à la mairie de Bourgtheroulde par la secrétaire d’État à la Transition écologique Emmanuelle Wargon. « Nous avons voulu participer à la grand-messe car on était étonnés que les gilets jaunes ne soient pas associés à une réunion provoquée par leur propre mobilisation », commence Bruno Di Giusto, partisan de laisser « toute sa place au débat ». Voilà un point d’accord avec la ministre, qui plaide pour que les débats se déplacent des ronds-points vers « le débat qu’on propose », renvoyant vers la plateforme du débat qui devait être mise en place hier soir. Pour le reste, entre deux réponses technocratiques (en matière de justice fiscale, comme l’a écrit le chef de l’État, il faut dit-elle « un équilibre » entre les recettes et les dépenses), elle évoque les pertes des commerçants dues au mouvement, la sécurité des manifestations…

Emmanuel Macron lui aussi caressera son public dans le sens du poil. « Vous êtes les dépositaires d’attentes de vos citoyens », commence le président de la République, évoquant la « fracture sociale », sans oublier le clin d’œil à un illustre « prédécesseur », la « fracture territoriale », la « fracture économique », mais aussi la « fracture démocratique » qui sans doute a connu « un tournant en 2005 »… Ces « fractures », certains maires les lui ont pourtant rappelées sans détour. D’abord, assez timidement, Vincent Martin, le maire sans étiquette de Bourgtheroulde, en lui remettant son cahier de doléances qui porte haut la question du pouvoir d’achat. « Quand arrêtera-t-on la machine à broyer la proximité ? » s’interroge ainsi Jean-Paul Legendre, le président de l’Union des maires de l’Eure, ouvrant la voie à un autre front de mécontentement. Comme lui, plusieurs maires éreintent la loi Notre et sa restructuration forcée des territoires, renforçant parfois « l’isolement à seulement 160 kilomètres de Paris ». Valéry Beuriot l’a ensuite interpellé sur « la contradiction » entre deux de ses propos : « Aucune question taboue » et « on maintient le cap ». Et sur la destruction des services publics de proximité, prenant pour exemple « la fermeture programmée » de la maternité de Bernay. Des « attentes » que ce maire PCF a traduites en deux questions : « Ce débat est-il entièrement libre en matière de fiscalité, de distribution des richesses ? » et « Pensez-vous que la reconquête des services publics fait partie des priorités pour refonder notre contrat social ? »

« Cahier de droits et de devoirs »

Mais, au bout de deux heures, le chef de l’État a recadré le débat en répondant à la première salve de questions. Les cahiers de doléances ? Il ne renie pas « la référence historique », mais préfère le terme « cahier de droits et de devoirs ». Emmanuel Macron conclut ce premier round en disant qu’il n’a « pas de réponse sur tout », avant de brosser un portrait global, façon ENA, du paysage politique, économique et social de la France qu’il faut « réorganiser » sur tous les sujets. Sauf l’ISF. « Ni tabou ni totem », dit le président. Mais « ce n’est pas en le remettant comme il était il y a un an et demi qu’on améliorera la situation d’un seul gilet jaune », prévient-il. Ce premier débat a donné le ton : il n’y a peut-être « aucune question taboue », mais l’exécutif a une réponse toute faite : « On maintient le cap. »

Grégory Marin

 

 

 

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L’histoire nous enseigne beaucoup pour le présent…et le futur

Posté par jacques LAUPIES le 15 janvier 2019

Rosa Luxemburg lors du congres Socialiste a Stuttgart en aout 1907 hommage au philosophe et economiste socialiste allemand Ferdinand Lassalle (1825-1864) --- Rosa Luxemburg at socialiste congress in Stuttgart in august 1907 tribute to german socialist economist and philosopher Ferdinand Lassalle

 

Le récit. La révolution assassinée

Mardi, 15 Janvier, 2019

Il y a cent ans, la semaine sanglante de Berlin mettait fin à l’espoir d’un changement révolutionnaire en Allemagne né en octobre-novembre 1918. Le 15 janvier 1919, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg étaient assassinés sur ordre du ministre SPD de la Guerre, Gustav Noske. Un acte qui pèsera très lourd lors de la montée du nazisme.

« Est-il vrai que Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg soient morts ? Est-il vrai qu’ils aient été tous deux abominablement assassinés ? Nous voudrions pouvoir douter de l’authenticité de l’atroce nouvelle. Hélas ! Il semble bien qu’aucun doute n’est permis. » Le 18 janvier 1919, l’Humanité exprime sa stupéfaction et sa tristesse. « Par quelle fatale loi faut-il que le sang des martyrs soit nécessairement la semence d’où sortiront les temps nouveaux ? » observe Amédée Dunois. Une communauté de destin liait Jean Jaurès, tué par un nationaliste le 31 juillet 1914 au café du Croissant, et les deux dirigeants spartakistes abattus par des membres des Freikorps, à Berlin, ce 15 janvier 1919. Entre ces deux crimes, la Première Guerre mondiale, qu’ensemble ils avaient voulu empêcher, avait décimé toute une génération de jeunes Français et Allemands.

Autant de conditions pour réussir une révolution socialiste

Cette exécution sommaire va frapper à mort la révolution de novembre, qui avait suscité tant d’espoirs dans le mouvement ouvrier, chez les penseurs marxistes. Un haut niveau de développement, une classe ouvrière nombreuse et organisée, un Parti social-démocrate le plus ancien et le plus puissant d’Europe étaient autant de conditions pour réussir une révolution socialiste. Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg n’ont pas été assassinés par des ennemis de classe traditionnels, monarchistes ou nationalistes, leur mort a été commanditée par des dirigeants sociaux-démocrates, des hommes qui peu de temps auparavant siégeaient au Reichstag dans le même groupe parlementaire que Karl Liebknecht.

Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, tous deux nés en 1871, appartenaient à l’aile gauche du SPD, le mouvement spartakiste qui en avril 1917 s’est constitué en une structure autonome, l’USPD (« unabhängig » : indépendant). Karl est le fils de Wilhelm Liebknecht, qui fut un dirigeant de la Ligue des communistes aux côtés de Karl Marx et Friedrich Engels à partir de 1847, puis cofondateur du SPD. Avocat, Karl Liebknecht est député au Reichstag. Rosa Luxemburg est née dans une famille juive à Zamosc, en Pologne, à l’époque intégrée à l’Empire russe. Son père est marchand de bois. Brillante élève, elle s’engage en politique dès l’adolescence en intégrant un groupe socialiste clandestin. Après le lycée à Varsovie, Rosa s’installe en Suisse pour échapper aux discriminations antisémites et y poursuivre des études de philosophie et d’économie. Ayant obtenu la nationalité du Reich, elle adhère au SPD, où elle travaille comme journaliste pour la presse socialiste et comme enseignante à l’école du parti.

En août 1914, Karl Liebknecht est le seul député qui se prononce contre la guerre. À la mi-juillet, quelques jours avant l’assassinat de Jean Jaurès, il avait participé à un meeting franco-allemand à Condé-sur-l’Escaut (Nord). Le groupe l’Internationale, du nom de la revue dirigée par Rosa Luxemburg, à l’origine du mouvement spartakiste, mène clandestinement une propagande pacifiste. En mai 1915, un tract popularise un texte de Liebknecht : « L’ennemi principal du peuple allemand est en Allemagne : l’impérialisme allemand, le parti de la guerre allemand, la diplomatie secrète allemande. C’est cet ennemi qu’il s’agit pour le peuple allemand de combattre dans une lutte politique, en collaboration avec le prolétariat des autres pays, dont la lutte est dirigée contre ses propres impérialistes. » Le 1er mai 1916, les spartakistes réussissent à organiser un rassemblement, le député y prononce un discours antiguerre qui lui vaut la prison jusqu’en 1918. Embastillée à Breslau (aujourd’hui Wroclaw) depuis 1915, Rosa Luxemburg ne retrouvera Berlin que le 10 novembre 1918, au lendemain de l’abdication de Guillaume II et à la veille de l’armistice. Berlin est alors en pleine révolution.

De port en port, la révolte se propage

1918, qui s’achève, a été marquée par une montée de la contestation. Sur le front et dans toutes les contrées sous domination germanique, l’opposition à la guerre est renforcée par la perspective d’une possible défaite. De plus, la révolution russe d’octobre 1917 a un grand écho dans les couches populaires. Depuis Brest-Litovsk, les combats ont cessé à l’Est, des scènes de fraternisation entre soldats allemands et russes inquiètent l’état-major. La chute du tsar affaiblit la position du Kaiser. Pour pouvoir présenter un visage plus avenant aux puissances de l’Entente en vue des négociations de fin de conflit, un nouveau gouvernement présidé par le prince de Bade est constitué avec la participation du SPD.

Mais dans les tranchées, les usines, les quartiers ouvriers aux Mietskasernen surpeuplées et insalubres, la colère monte contre la monarchie, les capitalistes, l’armée et les junkers, l’aristocratie foncière qui domine la vie politique. Un simple ravalement de façade institutionnel suffira-t-il à calmer les attentes ? Faut-il au contraire un changement révolutionnaire ? Sur ce débat qui traverse le mouvement ouvrier dans tous les pays, le socialisme allemand va se fracasser au cours d’une confrontation sanglante.

Fin octobre. Les marins de Kiel se mutinent contre l’ordre qui leur a été donné d’entreprendre une sortie contre la flotte anglaise. De port en port, la révolte se propage. Les régions du Sud lui embrayent le pas. Dans de nombreuses villes jusqu’en Bavière, on proclame la République. Sur le modèle des soviets, se sont constitués des conseils d’ouvriers et de soldats (Arbeiter und Soldatenräte) qui se manifestent au grand jour comme des structures délibératives, alternatives au pouvoir qui s’effondre.

Berlin, capitale d’un empire en perdition, vit une situation chaotique. Les tensions politiques tournent à l’affrontement. Défilés d’ouvriers drapeaux rouges déployés soutenant les spartakistes et réclamant le pouvoir des conseils ouvriers, automobiles armées de mitrailleuses en patrouille, soldats en déshérence prêts à se vendre comme mercenaires pour rétablir l’ordre dans les quartiers rouges et qui seront plus tard les premières recrues du parti nazi. On chante l’Internationale et l’hymne socialiste « frères en avant vers le soleil et la liberté », mais on ne fait pas que chanter, on se bat aussi, ouvriers contre membres des corps francs mais aussi entre sociaux-démocrates et spartakistes.

Face à l’armée, le courage des révolutionnaires ne suffira pas

Signe de cette division, le 9 novembre, la République est proclamée deux fois : le social-démocrate Philipp Scheidemann, au Reichstag, annonce la « République allemande », prenant de vitesse Karl Liebknecht, qui du balcon du château de Hohenzollern lance devant la foule enthousiaste « Vive la République socialiste et libre ! ». Deux options vont s’avérer inconciliables. Le pouvoir aux conseils et le socialisme défendu par le Parti communiste allemand (KPD), qui naît le 1er janvier 1919, les spartakistes en formant la composante essentielle. En face, la social-démocratie choisit l’alliance avec l’armée pour réprimer l’aile révolutionnaire. Dans un télégramme aux troupes, le maréchal Hindenburg annonce que le haut commandement est disposé à agir avec Ebert pour empêcher l’extension du bolchevisme en Allemagne. Le 10 novembre, une assemblée des conseils ouvriers et soldats n’apporte pas au camp de la révolution le soutien attendu. La majorité souhaite la fin de la guerre fratricide dans le camp ouvrier.

Début janvier, la destitution du préfet de police Emil Eichhorn, membre de l’USPD, va être l’occasion saisie par le gouvernement pour écraser la révolution. 150 000 manifestants défilent en soutien à Eichhorn à l’appel du Parti communiste et de l’USPD. Face à l’armée, le courage des révolutionnaires ne suffira pas. Du 6 au 15 janvier, la troupe sous les ordres de Gustav Noske se livre à un massacre, les révolutionnaires arrêtés sont abattus sur place. Noske, ministre de la Guerre et dirigeant du SPD, avait déclaré : « Il faut que quelqu’un fasse le chien sanguinaire : je n’ai pas peur des responsabilités. »

Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht refusent d’abandonner les ouvriers berlinois. Arrêtés, emmenés à l’hôtel Eden, ils sont mis à mort par les nervis des corps francs, dirigés par le commandant Waldemar Pabst aux ordres de Noske. Assommée à coups de crosse, Rosa Luxemburg est jetée dans le Landwehrkanal, Karl Liebknecht est abattu dans le Tiergarten.

La semaine sanglante frappe le monde ouvrier de stupeur. Mais la révolution continue dans les régions. À Brême, déclarée « république socialiste », les affrontements avec l’armée font une centaine de morts. Dans la Ruhr, les ouvriers veulent socialiser les charbonnages et occupent le siège du patronat à Essen. Et partout, le ministre SPD réplique par la terreur (tirs sur la foule, exécutions sommaires…).

Les spartakistes ont mal apprécié le rapport de forces et commis des erreurs tactiques. Dans les deux articles publiés par Die Rote Fahne la veille et le jour même de leur disparition, Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg analysent lucidement leur échec. Mais c’est bien le SPD qui porte devant l’Histoire l’immense responsabilité d’avoir creusé dans la gauche allemande une fracture irrémédiable qui contribuera quelques années plus tard à son incapacité à faire front contre la montée du nazisme. Et avec quelles conséquences !

Poursuivre la lecture avec : – Histoire de l’Allemagne contemporaine, de Gilbert Badia, deux volumes. Éditions sociales, 1987. – Lettres et textes choisis, de Rosa Luxemburg. Le Temps des cerises, 2014. – Rosa Luxemburg, l’étincelle incendiaire, de Michael Löwy. Le Temps des cerises, 2018. – Alfred Döblin, Novembre 1918, Agone, 2010.
Jean-Paul Piérot
Malgré tout

Dans Die Rote Fahne du 15 janvier 1919, Karl Liebknecht explique que, si douloureuse que soit la défaite des révolutionnaires, Spartakus continue le combat, malgré tout. Extraits.

« Les vaincus de la semaine sanglante de janvier se sont battus glorieusement pour quelque chose de grand, pour le but le plus noble de l’humanité souffrante, pour la libération matérielle et spirituelle des masses pauvres. (…) Les vaincus d’aujourd’hui seront les vainqueurs de demain. Car, la défaite est leur enseignement. (…) Ils sont guéris de l’illusion qu’ils pouvaient trouver leur salut dans l’aide des masses confuses de soldats, qu’ils pouvaient s’en remettre à des chefs qui se sont révélés faibles et incapables, guéris de leur croyance en la social-démocratie indépendante, qui les a honteusement abandonnés. C’est en ne comptant que sur eux-mêmes qu’ils vont mener les batailles à venir, qu’ils obtiendront leurs victoires futures. Et la phrase fameuse “L’émancipation de la classe ouvrière ne peut être que l’œuvre de la classe ouvrière elle-même” a acquis pour eux, du fait de la leçon amère de cette semaine, une nouvelle signification profonde.

(…) Spartakus, cela signifie feu et flamme, cela signifie cœur et âme, cela signifie volonté et action de la révolution du prolétariat. Et Spartakus, cela signifie détresse et aspiration au bonheur, volonté de mener la lutte du prolétariat conscient. Car Spartakus, cela signifie socialisme et révolution mondiale. (…) Et que nous vivions encore quand il sera atteint – notre programme, lui, vivra ; il dominera le monde de l’humanité libérée. Malgré tout ! »

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Gilets jaunes. Comment ce mouvement déjoue tous les pièges du pouvoir

Posté par jacques LAUPIES le 14 janvier 2019

Sans commentaire ce jour : mobilisons nous contre ce pouvoir des friqués qui nous méprisent ! 

Lundi, 14 Janvier, 2019Gilets jaunes. Comment ce mouvement déjoue tous les pièges du pouvoir 62960.HR

De l’arnaque du grand débat national aux provocations et tentatives de division, toutes les ruses de la majorité échouent face à un mouvement inventif qui bouscule tous les codes. La lettre du président adressée aujourd’hui aux Français n’échappera pas à la règle.

Ce n’est pas avec une lettre sur le grand débat national qu’Emmanuel Macron reprendra la main. Englué dans la crise, le pouvoir multiplie les ruses pour discréditer et éteindre la colère populaire. Mais rien n’y fait. Miser sur un essoufflement après les fêtes ? Non seulement l’acte IX de samedi a remobilisé massivement, mais il a même dépassé celui du 15 décembre, avec 84 000 participants, dont 8 000 à Paris, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. Mieux, de nouveaux manifestants rejoignent le mouvement (voir ci-contre), loin du « noyau dur venu pour casser et pour tuer », selon l’Élysée, qui avait parié sur un climat de violences incontrôlable. Mais, samedi, les défilés se sont déroulés dans une ambiance bon enfant, au point que Christophe Castaner lui-même a fini par concéder qu’« aucun incident notable » n’était à déclarer.

Dans les cortèges qui ont arpenté la capitale, l’ambiance était sereine

Encore loupé, donc, pour le gouvernement, empêtré dans une crise sociale et politique inédite, dont il refuse toujours de comprendre l’ampleur et l’enracinement, comme en témoigne encore la lettre publiée aujourd’hui par Emmanuel Macron (voir ci-contre). La majorité avait pourtant mis les bouchées doubles, en fin de semaine, pour souffler sur les braises à la veille d’une mobilisation qui s’annonçait inflammable. Le ministre de l’Intérieur s’était même dépassé en annonçant que « ceux qui viennent manifester dans des villes où il y a de la casse qui est annoncée savent qu’ils seront complices de ces manifestations-là ». Conséquences de la stratégie autoritaire de répression, les policiers étaient quasi aussi nombreux que les manifestants dans tout l’Hexagone. Mais les gilets jaunes ne sont pas tombés dans le piège.

À Paris, dans les différents cortèges qui ont arpenté la capitale, de Bercy aux Champs-Élysées, en passant par République et Bastille, l’ambiance était même plutôt sereine. Des dizaines de brassards blancs portés par des manifestants en tête et en bord des cortèges ont fait leur apparition avec l’idée de créer un « service d’ordre structuré ». « L’objectif, c’est que ça ne chauffe pas. On fait tampon, on prendra peut-être des trucs (coups et projectiles – ndlr), mais ça évitera que tous les autres manifestants en prennent », explique à l’AFP Bryan, employé dans le bâtiment de 36 ans, qui s’est porté volontaire le matin. Car les violences policières sont dans toutes les bouches. Place de la République, où le « mouvement citoyen des gilets jaunes » tient chaque samedi une table pour organiser sa « consultation citoyenne sous forme de votation », des gilets jaunes se félicitent « qu’ici au moins, il y a moins de casseurs ! ». « C’est un rassemblement pacifiste et, depuis le début, il n’y a pas eu d’incident parce qu’on veille à ce que ça se passe bien », explique Kamel Amriou, président de l’association. « Je préfère venir à République car c’est plus calme, confie Monique, une retraitée parisienne qui survit avec 1 200 euros par mois, dont plus de la moitié part dans son loyer. La dernière fois (le 15 décembre – NDLR), aux Champs-Élysées, j’ai vraiment eu peur de mourir. » D’autres s’agacent : « Oui, mais ici il ne se passe rien ! » lance une jeune femme qui cherche en vain où peut se trouver le « grand » cortège des gilets jaunes… Car le jeu du chat et de la souris, inventé par les organisateurs pour semer les forces de police, déconcerte aussi certains manifestants, perdus dans les rues de Paris à la recherche du point de rendez-vous.

Mais c’est aussi une grande force du mouvement : être là où la police ne l’attend pas. Ainsi, samedi, plus de 200 personnes ont manifesté près de la villa des Macron dans la très chic station balnéaire du Touquet. Le 22 décembre, quand on les attendait à Versailles, c’est finalement dans les rues de Montmartre que les gilets jaunes s’étaient rassemblés. « Les poulets se sont fait poser un lapin », pouvait-on lire sur les réseaux sociaux.

« La lutte des classes s’habille en jaune »

Les gilets jaunes laissent aussi leur empreinte dans l’imaginaire collectif, qu’elles soient peintes à la hâte sur les murs ou écrites au dos de leurs gilets : « Nous ne voulons plus être des moutons tondus dirigés par des oies qui se gavent. » « Les capitalistes vivent au-dessus de nos moyens. » « La lutte des classes s’habille en jaune. » « Macron et les Cac-40 voleurs »… Autant de slogans chantés ou tagués samedi dans les rues de la capitale, qui ont résonné des habituels « Macron démission ! ». Le matin, une banderole « La foule haineuse porte l’uniforme » avait ouvert le cortège parti de Bercy, en référence aux propos du président de la République, qui avait fustigé, lors de ses vœux, les « porte-voix d’une foule haineuse ». Vendredi, lors d’une de ses rares interventions publiques, et encore, elle se déroulait entre les murs de l’Élysée, Emmanuel Macron a récidivé, affirmant que « les troubles que notre société traverse sont aussi parfois dus, liés, au fait que beaucoup trop de nos concitoyens pensent qu’on peut obtenir sans que cet effort soit apporté ». Une provocation qui vient s’ajouter à une longue série de propos méprisants. « Il se fout de nous ! Ça fait trente ans qu’on nous rabâche qu’il faut faire des efforts ! s’insurge Vanessa, une enseignante parisienne. Moi, je suis prof, donc je ne suis pas la plus à plaindre, et pourtant, ça fait des années qu’on n’y arrive plus, qu’on peut plus se payer des petits plaisirs. » « Les riches, ils en font des efforts pour créer de l’emploi, pour payer leurs impôts ? » demande une militante d’Attac qui distribue aux manifestants de faux billets de 60 milliards d’euros pour symboliser le racket de l’évasion fiscale.

Car le mouvement des gilets jaunes, en dépit des tentatives de récupération de l’extrême droite ou des manipulations du gouvernement (lequel voulait introduire le Mariage pour tous dans le grand débat…), a chassé les paniques identitaires pour remettre au cœur du débat public les urgences sociales. « Le rétablissement de l’ISF arrive largement en tête des votations », explique Kamel Amriou devant une urne remplie à ras bord. Quelles que soient les annonces du pouvoir, qu’il tente la carotte ou le bâton, la majorité n’a plus aucune prise sur le mouvement. D’autant que de nombreuses convergences s’organisent sur le terrain. À Toulouse, CGT et gilets jaunes (lire page 7) ont décidé de se mobiliser ensemble pour « bloquer les camions, et donc l’économie ». Une expérience qui pourrait faire tache d’huile.

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Si le pouvoir cherche l’affrontement et s’obstine dans sa politique il court à sa perte…

Posté par jacques LAUPIES le 13 janvier 2019

 La réponse à la crise démocratique  ne consiste pas  à remettre en cause le système de représentation par l’instauration de l’expression directe du citoyen de manière plus ou moins périodiques laquelle reste une idée floue. 

Ce que veulent les français  en l’état actuel de la crise bien réelle qui se manifeste c’est une autre politique, plus égalitaire, plus sociale. Si le pouvoir répondait à cette aspiration,  qui passe par la réponse à l’augmentation des salaires, des retraites, de minima sociaux, accompagné d’une revalorisation des prestations de la Sécurité sociale, de l’amélioration des services publics (santé, éducation, transports, énergie, etc.) sans doute la crise serait-elle atténuée.

Comme ce pouvoir ne le fait pas et s’obstine dans une démarche inégalitaire de classe en faveur de la rémunération du capital et contre la rémunération du travail, que de surcroit il dispose d’institutions qui le maintiennent en place, il accroit la crise, c’est à dire une contradiction insurmontable sauf à la  régler par la violence, l’autoritarisme qui est bien se son fait !

Alors dans ces conditions va nécessairement se créer une situation de  recherche d’une solution politique qui doit aboutir à une consultation électorale. Mais voilà les institutions actuelles, le système électoral peuvent ne pas permettre une solution et un changement de politique étant donné l’état des rapports de forces politiques entre les forces représentatives de la classe dominante et une véritable représentation des forces incarnant les intérêts des classes et couches sociales victimes des politiques conduites depuis des  décades.

Et c’est ainsi qu’apparait la seule solution à contenu révolutionnaire qui  consisterait à élire une assemblée constituante et à élaborer une nouvelle constitution qui devrait aboutir, à ce moment là à un système électoral à la proportionnelle pour élire représentation directe.

Que les gilets jaunes, tout comme les partis politiques et autres organisations s’organisent pour faire en sorte que soit issue de cette démarche un système véritablement démocratique correspondant à leurs aspirations est évidemment inévitable mais ce sont les français qui doivent décider du contenu des nouvelles règles du jeu !

Ou le pouvoir et ses soutiens de droite œuvrent  à la réalisation de cet objectif, ou il s’y opposent et à ce moment là ils devront faire face à la poursuite des actions à caractère revendicatif tant économiques que politiques qui devront se développer dans le pays et seront la seule la voie de toute transformation révolutionnaire se déterminant en gagnant par le rapport de forces.

Une perspective risquée pour la nation mais qui parait la seule possible et dont le Président actuel et ceux qui le commanditent auront à porter la lourde responsabilité ! 

Cela étant une telle évolution suppose que l’ensemble des français donnent à leur soutien une forme d’intervention active, notamment par l’action généralisée dans les entreprises pour leurs propres revendications dont la similitude avec celles des Gilets Jaunes ne fait aucun doute.

Ce serait aussi le moyens de mettre à découvert l’opportunisme de la droite et son extrême qui espère tirer les marrons du feu de l’action des gilets jaunes qu’ils tentent de récupérer et de manipuler !

 

 

Table ronde. Quelles réponses à la crise démocratique ?

 

Vendredi, 11 Janvier, 2019

Avec Pierre Dharréville, député PCF des Bouches-du-Rhône, Francis Dupuis-Déri, écrivain et professeur en sciences politiques à l’université du Québec à Montréal (Uqam) et Hélène Landemore, maître de conférences en sciences politiques à l’université de Yale (États-Unis).

Rappel des faits. La revendication du référendum d’initiative citoyenne (RIC) par le mouvement des gilets jaunes vient souligner la crise démocratique qui s’exacerbe dans notre société. Cette dernière saura-t-elle lui répondre en pionnière ou restera-t-elle prisonnière de ses contradictions ?

Comment renforcer le lien de représentation et de confiance ou du moins atténuer la fracture qui existe entre les citoyens et leurs représentants ?

Fête de l'Humanité 2018 / dimanche 16 septembre / @ Magali Bragard / Village du Livre / Pierre DharévillePierre Dharréville Depuis longtemps, notre peuple a le sentiment de ne pas avoir son mot à dire, de connaître des alternances sans changement, de subir une politique décidée sans lui. Le référendum de 2005 a été le symbole d’une démocratie bafouée. L’abstention massive est l’un des signes permanents de cette défiance. Cela renvoie à une crise de sens, une crise des perspectives, une crise de l’alternative. Depuis la fin des années 1970, les libéraux ont voulu raconter la fin de l’histoire et ils ont peu à peu installé leur domination idéologique et politique. Le refus d’entendre les mouvements sociaux s’est fait de plus en plus brutal : pour briser les forces de résistance, on a de plus en plus refusé de leur concéder des victoires, alimentant le renoncement à la lutte et à la politique, la désespérance, le rejet de toutes les institutions. L’accélération macronienne a renforcé cette défiance populaire au point de provoquer le mouvement de révolte auquel nous assistons actuellement. Il faut en faire une force pour rouvrir en grand le débat politique, développer l’intervention citoyenne et, dès que possible, refonder notre République commune. La faiblesse du débat public a trop laissé le champ libre aux aventures, aux impostures, ou encore aux avatars du fascisme. Or c’est dans le débat, et dans le combat, que se forgent les consciences. Face à l’idée que les représentants quels qu’ils soient seraient tous corrompus par nature, il faut réinstaller le clivage de classe, réinstaller l’affrontement politique. Cela passe par l’affirmation d’autres possibles mais aussi par une pratique politique centrée sur la participation de chacune et chacun dans l’action collective. Je crois que nous pouvons refonder la République autour de la promotion de biens communs. Pour faire de la politique un acte d’appropriation collective face aux logiques de privatisation du monde.

Francis Dupuis-Deri crédits Émilie TournevacheFrancis Dupuis-Déri Les politiques au pouvoir se soucient peut-être moins qu’on le pense de bien représenter la population. Même avec un taux d’insatisfaction de 75 %, le président jouit des avantages matériels et symboliques de sa fonction. Plus globalement, la vie politique des partis politiques semble particulièrement dégradée en France (plus que dans d’autres pays). Les partis sont déterminés par des ambitions personnelles dévorantes, des luttes de factions et des sécessions pour créer de nouvelles structures à la main d’un politicien ayant soif de pouvoir. Ces dynamiques marquent tout le spectre politique, et la caste politique paraît pourrie dans son ensemble (sans parler des « affaires »). Ajoutons l’instabilité socio-économique de longue durée, provoquée par la désindustrialisation, la précarisation du salariat, les politiques d’austérité et les écarts entre le coût de la vie et les revenus. Malgré tous ces problèmes, les politiques s’en remettent de plus en plus au marketing politique et rêvent d’enfumer la population avec quelques éléments de langage.

Hélène Landemore, professeur en Sciences Politiques à Yale. Paris 29/9/2016Credit Magali BragardHélène Landemore La fracture entre les élus et la population provient en partie d’un défaut structurel dans notre conception et pratique de la représentation démocratique. C’est la représentation démocratique qu’il faudrait repenser et améliorer. Ici on peut s’inspirer des Grecs de l’Antiquité, qui pratiquaient ce que j’appelle une forme de représentation « lotocratique » fondée sur le principe « une personne, un ticket de loterie » (en gros) et résultant en une distribution du pouvoir beaucoup plus égalitaire que l’élection.

Le problème des régimes représentatifs strictement fondés sur l’élection, comme les nôtres, c’est qu’ils souffrent de points aveugles systématiques qui nuisent à leur capacité à bien gouverner. C’est une conclusion à laquelle je suis arrivée sur la base de mes travaux précédents sur l’intelligence collective et la démocratie (1). Indépendamment des intentions des élus pris individuellement, qui peuvent être pures, et indépendamment de leur compétence individuelle, qui peut être élevée, les élus comme groupe ne peuvent pas, du fait de leur mode de sélection, représenter l’ensemble de la population dans toute la diversité de ses modes de pensée et de conceptualisation des problèmes. Du même coup ils ne peuvent pas bien gouverner. Plutôt que de blâmer les individus et de s’en prendre à la « corruption » des élus (somme toute assez faible) ou à leur « incompétence » (individuellement pas si flagrante), il faut blâmer le mode de sélection et la manière dont nous concevons la représentation démocratique.

Pour les raisons que je viens d’évoquer, la fracture entre citoyens et représentants ne pourra jamais être complètement résorbée. Selon moi, la seule vraie solution, c’est le recours au tirage au sort, pour créer de la représentation démocratique non électorale.

Consultations et propositions législatives ou autres, développement de la démocratie directe et participative dans la cité et à l’entreprise ne doivent-ils pas prendre une place plus centrale parmi les dispositifs de nos institutions politiques et sociales ?

Hélène Landemore Oui, évidemment. Concrètement, une réforme plausible ambitieuse serait la création d’une chambre citoyenne permanente tirée au sort d’au moins 150 personnes et « ouverte » sur le reste de la population par une plateforme de crowdsourcing permettant à tous de comprendre ce qui s’y passe et de fournir des arguments, des informations, et des idées s’ils le souhaitent. Cette assemblée –  une variété de ce que j’appelle les « mini-publics ouverts » – serait vouée à complémenter les assemblées élues existantes et peut-être à terme à en remplacer une (le Sénat par exemple). Dans cette chambre, assemblée, ou maison du peuple (leurs défenseurs utilisent des termes variés), les participants, payés et traités comme des parlementaires classiques, seraient chargés, sur une année ou plus, de déterminer l’agenda politique de l’assemblée élue ainsi que de légiférer sur certaines questions, par exemple celles ayant trait aux procédures politiques ou aux salaires des élus (pour éviter l’effet juge et partie du système actuel). Cette chambre pourrait aussi être dotée d’un droit de veto. Imaginez une assemblée de ce genre, composée de 50 % de femmes, incluant des professions comme aide-soignant, chauffeur de taxi, ouvrier, agriculteur, petit commerçant, instituteur… Elle aurait vraisemblablement repoussé l’augmentation des taxes sur les carburants qui a mis le feu aux poudres en France. On pourrait envisager la création de structures similaires dans les entreprises.

Francis Dupuis-Déri Comment prétendre vivre en démocratie quand l’on consacre la plus grande part de notre vie active à un emploi où un supérieur hiérarchique ou un patron nous gouverne en maître absolu ? La démocratie nécessite l’autogestion, un terme poussiéreux, mais qui évoque des principes démocratiques des plus importants. La démocratie directe peut aussi être pratiquée dans les quartiers, évidemment. Mais attention aux canaux participatifs proposés par l’élite et qui servent souvent seulement à donner l’apparence d’une plus grande légitimité.

Pierre Dharréville La démocratie ne se mesure pas seulement au droit de vote. Il faut partout œuvrer au gouvernement du peuple, car c’est lui le souverain. Il faut donc faire de la politique une affaire populaire, pour qu’elle ne soit pas confisquée. Il faut développer de nouveaux droits et de nouveaux pouvoirs, jusque dans l’entreprise. Cela suppose d’inventer en permanence les formes de la participation citoyenne, du contrôle, de l’initiative, de la proposition, de la décision.

Cela n’est pas si facile, il faut une énergie motrice inépuisable. Il ne s’agit pas simplement de formalisme institutionnel. Cela suppose le déploiement de forces d’émancipation pleinement engagées dans la bataille idéologique et culturelle pour élever le niveau de conscience individuelle et collective des défis de l’humanité en sa planète. Cela exige de libérer du temps pour la démocratie, la réflexion, la confrontation avec d’autres visions, l’engagement…

Le progrès de la démocratie n’implique-t-il pas une rupture avec le présidentialisme et les tendances monarchiques et autoritaires de nos institutions ?

Francis Dupuis-Déri C’est mon avis. J’ai expliqué dans mes livres, en particulier dans la Peur du peuple. Agoraphobie et agoraphilie politiques (2), que les Pères fondateurs des régimes parlementaires modernes étaient ouvertement antidémocrates. Ils fondaient des monarchies électives, le président remplaçant le roi, et des aristocraties électives, les parlementaires prenant les sièges des nobles.

Politiquement, nous sommes encore au Moyen Âge. Mais cette civilisation était aussi très démocratique, avec des assemblées de village pour discuter du commun et des guildes de métier qui pratiquaient l’aide mutuelle. Notre élite politique n’a préservé que le sommet du régime féodal, soit la fonction de chef d’État et les sièges des parlementaires. Mais tout le peuple n’est pas dupe, d’où le haut taux d’abstention et les cycles de protestation.

Hélène Landemore La fonction présidentielle telle qu’elle est définie et pratiquée en France est problématique en partie parce qu’elle est l’antithèse de cette confiance en l’intelligence collective et dans le citoyen ordinaire auquel je crois beaucoup. Cette figure de l’homme (rarement la femme) seul, charismatique, providentiel, guidant la nation, s’adressant à elle comme un père tantôt fouettard, tantôt rassurant, c’est vraiment désuet. Par ailleurs cette fonction est impossible à « normaliser » (rappelez-vous l’échec de Hollande à cet égard) car elle appelle par nature une posture « olympienne » (le modèle reste de Gaulle ou même Mitterrand). Je trouve le modèle suisse, où la fonction présidentielle est partagée entre sept personnes, beaucoup plus moderne et sage de ce point de vue car il évite la personnalisation du pouvoir que le modèle français favorise. De manière générale, il y a sans doute dans la Ve République une asymétrie de pouvoir trop forte entre l’exécutif et le législatif. Il y a un vrai débat à avoir sur ces questions. Là encore, l’idée d’un mini-public ouvert convoqué pour délibérer sur ce sujet et faire des propositions de réformes constitutionnelles me paraîtrait une voie à explorer.

Pierre Dharréville L’élection présidentielle est celle par laquelle le peuple a le sentiment d’avoir le plus de prise sur les événements et pourtant celle par laquelle il abdique le plus son pouvoir. Entre les mains d’un seul, qui s’impose à tous les autres. Le pouvoir présidentiel prend en réalité la forme d’un couvercle. Sur ce couvercle, il y a la main des grands propriétaires du monde. Partout, il faut faire sauter le couvercle et aller vers des formes de démocratie beaucoup plus collectives, délibératives, collaboratives, coopératives… Tout ce qui ne renvoie pas à du rendement immédiat, à des logiques de puissance, à des démarches individuelles.

(1) Democratic Reason, d’Hélène Landemore. Princeton University Press, 2013. (2) La Peur du peuple. Agoraphobie et agoraphilie politiques, de Francis Dupuis-Déri. Lux, 2016.
Entretiens croisés réalisés par Jérôme Skalski

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