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    Moins tu as, plus tu donnes.
    Plus tu as, moins tu donnes.

La vérité est révolutionnaire

Posté par jacques LAUPIES le 3 août 2015

 

La publication l’interview d’Alexis Tsipras dans l’Humanité et de celle de Varouflakis dans le Monde, reproduite ci dessous, présentent un certain intérêt car ainsi sont exposées les attitudes politiques des actuels maitre de l’Europe qui, pour le moins sont empreintes d’un mépris évident à l’égard d’un peuple qui s’est prononcé clairement contre leurs exigences.

Il aura fallu aux négociateurs grecs une grande maitrise pour ne pas aller ou voulaient certainement les entrainer certains de leurs interlocuteurs : la sortie de l’Euro ou de l’Europe pour ensuite mieux les étrangler. D’autant que la Grèce risquait bien de devoir chercher des appuis et des coopérations hors de cette Europe dont il apparaît qu’ils ne sont pas assurés (BRIC notamment)

« La vérité est révolutionnaire » pourrait-on rappeler en lisant ces témoignages. Tout simplement car leur précision et leur récente actualité,  mais aussi leur caractère « polémique » osé, laissent supposer, à un niveau de responsabilité gouvernementale, qu’ils ne peuvent être faux. Finalement les deux hommes d’état qui s’expriment ainsi en rappelant les contenus de discussions qui reflètent bien les enjeux politiques jouent la carte de la transparence. Et ils ont bien raison !

Eux se grandissent, les autres deviennent médiocres pour qui sait que « la vérité est ce qui mène au but » (Viekoslav Kaleb).

 

 

Article de Varouflakis dans Le Monde Diplomatique.

Fil d’actualité

 

  Pour tous ceux qui croient encore au bla bla sur l’Europe sociale.    « En 2010, l’Etat grec a perdu la capacité d’assurer le service de sa dette. En d’autres termes, il est devenu insolvable et s’est vu privé d’accès aux marchés de capitaux. Soucieuse d’éviter le défaut de banques françaises et allemandes déjà fragiles, qui avaient prêté des milliards à des gouvernements grecs aussi irresponsables qu’elles, l’Europe a décidé d’accorder à Athènes le plus important plan d’aide de l’histoire. A une condition : que le pays procède à une consolidation budgétaire (phénomène plus connu sous le nom d’austérité) d’une ampleur jamais imaginée auparavant.
 
 
Sans surprise, l’opération a provoqué une chute du revenu national sans précédent depuis la Grande Dépression. C’est ainsi que s’est enclenché un cercle vicieux : la déflation (1), conséquence directe de l’austérité, a alourdi le fardeau de la dette et propulsé l’hypothèse de son remboursement dans le domaine du chimérique, ouvrant la voie à une crise humanitaire majeure.
 
 
Pendant cinq ans, la « troïka » des créanciers —le Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale européenne (BCE) et la Commission européenne représentant les Etats membres qui avaient prêté à Athènes— s’est entêtée dans cette impasse, pour laquelle les spécialistes de la finance ont un nom : extend and pretend, ou stratégie du « comme si ». Cela consiste à prêter toujours davantage à un débiteur insolvable comme s’il ne l’était pas, afin de ne pas avoir à enregistrer des pertes sur ses titres.
 
 
Plus les créanciers s’obstinaient, plus la Grèce s’enfonçait dans la crise économique et sociale, et moins elle devenait réformable. Pendant ce temps, les pertes potentielles des créditeurs gonflaient et gonflaient encore. C’est la raison pour laquelle notre parti, Syriza, a remporté les élections législatives de janvier dernier. Si la population avait été convaincue que la Grèce se redressait, nous n’aurions pas été élus Notre mandat était clair : en finir avec la stratégie du « comme si » et avec l’austérité qui l’accompagne, un cocktail qui avait déjà fait mordre la poussière au secteur privé grec ; démontrer que l’on pouvait opérer les réformes profondes dont le pays avait besoin avec l’assentiment populaire.
 
 
Lors de ma première réunion de l’Eurogroupe (2), le 11 février, j’ai délivré à mes interlocuteurs un message simple : « Notre gouvernement sera un partenaire digne de confiance. Nous ferons tout pour trouver un terrain d’entente avec l’Eurogroupe sur la base d’une stratégie en trois points, afin de répondre aux difficultés économiques de la Grèce :
 
1. une série de réformes profondes visant à améliorer l’efficacité de nos institutions et à lutter contre la corruption, l’évasion fiscale, l’oligarchie et la rente ;
 
2. l’assainissement des finances de l’Etat grâce à un excédent primaire (3) modeste mais viable, qui n’exige pas d’efforts trop importants du secteur privé ;
 
3. une rationalisation, ou un reprofilage, de la structure de notre dette, de façon à obtenir cet excédent primaire et le taux de croissance requis pour optimiser le remboursement de nos créanciers. » Quelques jours plus tôt, le 5 février, j’avais rendu ma première visite à M. Wolfgang Schäuble, le ministre des finances allemand. J’avais cherché à le rassurer : il pouvait compter sur nous pour formuler des propositions qui iraient non pas dans l’intérêt de la seule population grecque, mais dans celui de toutes les populations européennes — allemande, française, slovaque, finlandaise, espagnole, italienne, etc.
 
 
Hélas, aucune de nos nobles intentions ne suscitait le moindre intérêt auprès des gens aux commandes dans l’Union. Nous allions en faire le rude apprentissage au cours des cinq mois de négociations qui allaient suivre… Le 30 janvier, quelques jours après ma nomination au poste de ministre des finances, le président de l’Eurogroupe, M. Jeroen Dijsselbloem, m’a rendu visite. Il s’était à peine écoulé quelques minutes qu’il me demandait déjà ce que je comptais faire au sujet du mémorandum, l’accord que le précédent gouvernement avait signé avec la « troïka ».
 
 
Je lui ai répondu que notre gouvernement avait été élu pour le renégocier ; bref, que nous allions solliciter la révision, dans leurs grandes lignes, des politiques budgétaires et des mesures qui avaient causé tant de dégâts au cours des cinq dernières années : chute d’un tiers du revenu national et mobilisation de l’ensemble de la société contre l’idée même de réforme. La réponse de M. Dijsselbloem fut aussi immédiate que catégorique : « Cela ne marchera pas. C’est le mémorandum ou l’échec du programme. »
 
 
En d’autres termes : soit nous acceptions les politiques imposées aux gouvernements précédents, alors même que nous avions été élus pour les remettre en question puisqu’elles avaient si lamentablement échoué, soit nos banques seraient fermées. Car voici, en termes concrets, ce qu’implique un « échec du programme » pour un Etat membre qui se retrouve privé d’accès aux marchés : la BCE coupe tout financement à ses banques, qui n’ont alors d’autre choix que de fermer leurs portes et de mettre hors service leurs distributeurs de billets. Cette tentative à peine voilée d’exercer un chantage sur un gouvernement fraîchement — et démocratiquement — élu n’a pas été la seule.
 
 
Lors de la réunion de l’Eurogroupe onze jours plus tard, M. Dijsselbloem a confirmé son mépris des principes démocratiques les plus élémentaires. Mais M. Schäuble est parvenu à surenchérir. Le ministre des finances français Michel Sapin venait de prendre la parole pour inviter chacun à trouver un moyen de concilier, d’une part, la validité de l’accord en vigueur et, d’autre part, le droit du peuple grec à nous donner un mandat pour en renégocier des pans importants. Intervenant juste après lui,
 
 
M. Schäuble n’a pas perdu un instant pour remettre M. Sapin à ce qu’il estimait être sa place : « On ne peut pas laisser des élections changer quoi que ce soit », a-t-il tranché, cependant qu’une large majorité des ministres présents opinaient du chef. *A la fin de cette même réunion, alors que nous préparions la déclaration commune qui devait être publiée, j’ai demandé que nous accolions le terme « amendé » à une référence au mémorandum. Il s’agissait d’une phrase où notre gouvernement s’engageait à en respecter les termes. M. Schäuble a mis son veto à ma proposition, arguant qu’il n’était pas question que l’accord soit renégocié au seul prétexte qu’un nouveau gouvernement avait été élu.
 
 
Après quelques heures passées à essayer de sortir de cette impasse, M. Dijsselbloem m’a mis en garde contre un « naufrage imminent du programme », ce qui se traduirait par la fermeture des banques le 28 février, si je persistais à vouloir adjoindre le terme « amendé » à la référence au mémorandum. Le premier ministre Alexis Tsipras m’a invité à quitter la réunion sans que nous nous soyons entendus sur un communiqué, préférant ignorer la menace de M. Dijsselbloem, qui ne fut pas directement mise à exécution. Mais ce n’était qu’une question de temps. J’ai perdu le compte du nombre de fois où l’on a brandi devant nous le spectre d’une fermeture de nos banques lorsque nous refusions d’accepter un programme qui avait fait la démonstration de son inefficacité.
 
 
Les créanciers et l’Eurogroupe restaient sourds à nos arguments économiques. Ils exigeaient que nous capitulions. Ils m’ont même reproché d’avoir osé leur « faire la leçon »…
 
 
Voilà, en substance, l’atmosphère dans laquelle les négociations avec les créanciers se sont déroulées : sous la menace. Et il ne s’agissait pas de paroles en l’air ; nous l’avons très vite compris. Mais nous n’étions pas disposés à baisser la garde ou à abandonner l’espoir que l’Europe change d’attitude. Un mois avant notre élection, le précédent gouvernement, de mèche avec le gouverneur de la Banque de Grèce, ancien ministre des finances du même gouvernement, avait déclenché à titre d’avertissement une mini-panique bancaire.
 
 
Quelques semaines après notre prise de fonctions, la BCE multipliait les signaux suggérant qu’elle couperait le robinet de financement du système bancaire grec. Au moment le plus opportun pour l’Eurogroupe, elle aggravait de la sorte la fuite des capitaux, phénomène qui allait « justifier » la fermeture des guichets, comme nous en avait avertis M. Dijsselbloem. L’entrée des technocrates dans la ronde des négociations a confirmé nos pires craintes. En public, les créanciers clamaient leur souhait de récupérer leur argent et de voir la Grèce se réformer.
 
 
En réalité, ils n’avaient qu’un objectif : humilier notre gouvernement et nous forcer à capituler, même si cela signifiait l’impossibilité définitive pour les nations prêteuses de récupérer leur mise ou l’échec du programme de réformes que nous seuls pouvions convaincre les Grecs d’accepter. A de multiples reprises, nous avons proposé de concentrer nos efforts législatifs sur trois ou quatre domaines, en accord avec les « institutions » : des mesures visant à limiter l’évasion fiscale, à protéger le fisc des pressions des pouvoirs politique et économique, à lutter contre la corruption dans l’attribution des contrats publics, à réformer l’appareil judiciaire, etc. Chaque fois, la réponse a été la même : « Certainement pas ! » Aucune loi ne devait être votée avant la fin d’un examen approfondi de notre situation.
 
 
Lors des négociations au sein du « groupe de Bruxelles (4) » , on nous demandait par exemple de présenter notre plan pour réformer la taxe sur la valeur ajoutée (TVA). Avant même que nous ayons pu parvenir à un accord sur cette question, les représentants de la « troïka » décidaient de passer à la question de la réforme des retraites. A peine avaient-ils entendu nos propositions qu’ils les estimaient bonnes pour la corbeille à papier et passaient, par exemple, au droit du travail. Une fois notre offre balayée dans ce domaine aussi, il fallait en venir aux privatisations ; et ainsi de suite. De sorte que les discussions passaient d’un sujet à l’autre sans que nous puissions nous mettre d’accord sur quoi que ce soit, ni négocier sérieusement.
 
 
 
Pendant de longs mois, les représentants de la « troïka » se sont employés à faire obstruction à la bonne marche des pourparlers, insistant pour que nous couvrions l’ensemble des sujets, ce qui revenait à n’en régler concrètement aucun. Un chat poursuivant sa propre queue n’aurait pas été moins efficace. Pendant ce temps, sans même avoir formulé la moindre suggestion et en nous menaçant d’interrompre les discussions si nous avions l’audace de publier nos propres documents, ils organisaient la fuite de leurs confidences dans la presse, prétendant que nos propositions étaient « faibles », « mal conçues », « peu crédibles ». Dans l’espoir qu’un jour ils accepteraient de jouer le jeu et de nous retrouver à la moitié du chemin, nous avons cependant consenti à participer à cette mascarade. Pour que les négociations se déroulent dans de bonnes conditions, il aurait aussi fallu que nos interlocuteurs soient moins divisés. La position du FMI rejoignait la nôtre sur la question de la restructuration de la dette, mais le Fonds insistait pour que nous détruisions ce qu’il restait de droit du travail tout en supprimant les garde-fous protégeant les professions libérales.
 
 
 
La Commission s’avérait plus souple sur les questions sociales, mais ne voulait pas entendre parler de restructuration de la dette. La BCE avait elle aussi son idée sur ce qu’il convenait de faire. Bref, chaque institution affichait ses propres lignes rouges, lesquelles finissaient par tisser une toile d’araignée dans laquelle nous étions pris. Il nous fallait de surcroît subir la « fracture verticale » de nos interlocuteurs : de la même façon que les dirigeants du FMI et de la Commission avaient des priorités distinctes de celles de leurs sbires, les ministres des finances allemand et autrichien défendaient des pistes en contradiction avec les objectifs fixés par leurs chanceliers respectifs. Le plus accablant a sans doute été d’assister à l’humiliation de la Commission et des rares ministres des finances bienveillants à notre égard.
 
 
 
M’entendre dire, par des gens haut placés dans la Commission et au sein du gouvernement français, que « la Commission doit s’en remettre aux conclusions du président de l’Eurogroupe », ou que « la France n’est plus ce qu’elle était », m’a presque tiré des larmes. Sans parler de ma déception lorsque le ministre des finances allemand m’a expliqué, le 8 juin dans son bureau, qu’il n’avait pas le moindre conseil à prodiguer sur le meilleur moyen d’éviter un accident — une sortie de l’euro — qui, pourtant, se serait révélé extrêmement coûteux pour l’Europe.
 
 
A la fin juin, nous avions abdiqué et accepté la plupart des exigences de la « troïka ». A une exception près : nous insistions pour obtenir une légère restructuration de notre dette, sans décote, au moyen d’échanges de titres. Le 25 juin, j’ai participé à mon avant-dernier Eurogroupe. On m’y a présenté la dernière offre de la « troïka », « à prendre ou à laisser ». Nous avions cédé sur neuf dixièmes des exigences de nos interlocuteurs et nous attendions d’eux qu’ils fassent un effort afin que nous parvenions à quelque chose qui ressemble à un accord honorable.
 
 
Ils ont choisi au contraire de durcir le ton, sur la TVA par exemple. Le doute n’était plus permis. Si nous acceptions de le signer, ce texte détruisait les derniers vestiges de l’Etat social grec. On exigeait de nous une capitulation à grand spectacle qui montre aux yeux du monde notre agenouillement. Le jour suivant, le premier ministre Tsipras annonçait qu’il soumettrait l’ultimatum de la « troïka » à un référendum. Vingt-quatre heures plus tard, le samedi 27 juin, je participais à ma dernière réunion de l’Eurogroupe, celle qui a déclenché le processus de fermeture des banques grecques ; une façon de nous punir d’avoir eu l’audace de consulter la population de notre pays.
 
 
Au cours de cette rencontre, le président Dijsselbloem a annoncé qu’il était sur le point de convoquer un second rendez-vous, le soir même, mais sans moi. Sans que la Grèce soit représentée. J’ai protesté, soulignant qu’il n’avait pas le droit, seul, d’exclure le ministre des finances d’un Etat membre de la zone euro, et j’ai exigé une clarification juridique à ce sujet. Après une brève pause, le secrétariat nous a répondu : « L’Eurogroupe n’a pas d’existence légale. Il s’agit d’un groupe informel et, en conséquence, aucune loi écrite ne limite l’action de son président. » Ces mots ont résonné à mes oreilles comme l’épitaphe de l’Europe que Konrad Adenauer, Charles de Gaulle, Willy Brandt, Valéry Giscard d’Estaing, Helmut Schmidt, Helmut Kohl, François Mitterrand et bien d’autres avaient cherché à créer. D’une Europe que j’avais toujours considérée, depuis l’adolescence, comme ma boussole.
 
 
Quelques jours plus tard, en dépit de la fermeture des banques et de la campagne de terreur orchestrée par des médias corrompus, le peuple grec a clamé haut et fort son « non ». Lors du sommet des chefs d’Etat de la zone euro qui a suivi, le premier ministre Tsipras s’est vu imposer un accord qu’on ne saurait décrire autrement que comme une reddition. L’arme de chantage utilisée ? La perspective, illégale, d’une expulsion de la zone euro. Qu’importe l’opinion que chacun se fait de notre gouvernement : cet épisode restera dans l’histoire comme le moment où les représentants officiels de l’Europe ont utilisé des institutions (l’Eurogroupe, le sommet des chefs d’Etat de la zone euro) et des méthodes qu’aucun traité ne légitimait pour briser l’idéal d’une union véritablement démocratique. La Grèce a capitulé, mais c’est le projet européen qui a été défait. Aucun peuple de la région ne doit plus jamais avoir à négocier dans la peur.  
Yanis Varoufakis Ancien ministre des finances grec, député Syriza

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La violence et la guerre cela se combat par la justice et le partage

Posté par jacques LAUPIES le 2 août 2015

La guerre est évidemment source de violence extrême. L’horreur atteint son paroxysme quand ce sont des enfants qui en sont victimes. Et l’on sait bien que peu de conflit et peu de leurs protagonistes sont exempts d’être coupables de tels faits. Là ou l’insupportable est atteint c’est quand le crime sur des enfants trouve des personnages, ou de simples personnes, pour les justifier, les taire. Mais pour autant il peut arriver que les victimes en fassent une exploitation politique choquante.

Cette dernière conséquence quasi obligatoire et souvent légitime est certes compréhensible mais elle n’apaise certainement pas la souffrance des familles et des proches, ni celle de ceux qui de loin compatissent.

Mais qui peut croire que cela ne se reproduira pas tant que nos sociétés n’arriveront pas à se doter d’hommes et de femmes impitoyablement dressés contre les auteurs de violence. Non pas en exerçant sur eux une autre forme de violence mais en s’en prenant aux causes profondes qui rendent nuisible des individus dès lors qu’ils entrent en situation conflictuelle. Et nous savons tous qu’il y a derrière chaque violent(e) toutes sortes de frustrations et d’incapacité à les expliquer et les maitriser.

Quant à l’indifférence elle n’est pas moins coupable et fait partie de l’arsenal de la violence. Ce refus de s’impliquer contre cette dernière que l’on distingue massivement présent. Avec parfois ce peu ragoutant réflexe en parallèle de cultiver un intérêt distractif  pour le fait divers porteur de violence ou encore le spectacle, notamment télévisé, ou elle est exposée sans la moindre précaution.

Il est bien possible que ce soit là un moyen pour exorciser la violence comme le prétendent nombre de psychologues. Je n’ai pas qualité pour en juger. Une chose est sure, selon moi, l’affection et l’amour donné à un enfant mais aussi le dialogue, l’échange  avec lui sur des valeurs humanistes d’égalité et de partage, de liberté, de respect de l’autre, peuvent en faire demain un être qui rejettera la violence.

Mais cela n’est pas acquis d’avance (il en faut le temps et donc les moyens) Encore heureux que dans une société qui tend à prôner l’individualisme, la pseudo réussite par le combat contre les autres, ou le partage est ridiculisé, subsistent des multitudes de personnes qui pratiquent la solidarité fut elle limitée à un champ restreint de groupe ou de famille. Mais cela ne saurait suffire et bien des lois, des contraintes sont nécessaires avant que cela ne s’universalise.

Dommage que cet objectif paraisse lointain !

 

 

Cisjordanie : la violence de la colonisation prend le visage d’un enfant assassiné

Eugénie Barbezat
Samedi, 1 Août, 2015
Humanite.fr

 

Un bébé palestinien a été brûlé vif ce vendredi par des colons israéliens près de Naplouse. Un acte condamné par B.Netanyahu alors même qu’il  a ordonné mercredi la construction « immédiate »… et illégale, de 300 logements dans les colonies en Cisjordanie, une décision condamnée comme un « crime de guerre par les Palestiniens et dénoncée par l’Union européenne et l’ONU.

Vendredi à l’aube quatre hommes masqués, des colons israéliens, ont lancé des cocktails Molotov par la fenêtre de la maison de la famille Dawabcheh, à Doma près de Naplouse dans le nord de la Cisjordanie occupée.

Aussitôt, la petite habitation a été réduite à un tas de cendres, de même qu’une maison voisine –vide au moment de l’attaque. Ali, 18 mois, est mort brûlé vif, et aujourd’hui ses deux parents, Saad et Riham, ainsi que son frère, Ahmed, quatre ans, se débattent entre la vie et la mort.

Saad Dawabcheh, brûlé au troisième degré sur 90% de son corps, est dans « un état critique », a indiqué à l’AFP l’hôpital de Beer-Sheva, dans le sud d’Israël. Quant à son épouse et à son fils, ils sont « dans un état très grave et leurs vies sont en danger », selon l’hôpital Tel Hashomer de Tel-Aviv.

Les terroristes, tels qu’ils ont été qualifiés par le premier ministre israélien lui-même, ont inscrit des slogans sur un mur du village avant de s’enfuir en direction d’une colonie voisine.

Un porte-parole militaire a précisé que des graffitis en hébreu avaient été retrouvés sur les murs de la maison et que l’armée «opérait dans le secteur de l’incendie pour localiser les auteurs de l’attaque».

Washington a également «condamné avec la plus grande force» la «brutale attaque terroriste». Dans son communiqué, la diplomatie américaine a également «pressé toutes les parties de maintenir le calme et d’éviter de faire monter les tensions à la suite de cet incident tragique». François Hollande de son côté a dénoncé «un acte terrible», qualifiant également de «terroristes» les auteurs des faits, et estimant que le Premier ministre israélien avait «prononcé les mots qu’il fallait».

Mercredi, Israël détruisait deux maisons en construction dans la colonie de Bet-El, près de Ramallah –mais annonçait en construire « immédiatement » 300 autres. Deux jours plus tard, la maison des Dawabcheh était attaquée et les assaillants recouvraient les murs d’une étoile de David et de slogans évoquant la « vengeance » et le « prix à payer », le label utilisé par ces activistes.

A chaque mesure qu’ils estiment les léser, ils s’en prennent à des Palestiniens et des Arabes israéliens, ainsi qu’à des lieux de culte chrétiens et musulmans et parfois même à l’armée israélienne dans les Territoires occupés.

La plupart de ces attaques sont restées impunies et c’est là la raison pour laquelle elles se poursuivent, assurent, unanimes, militants des droits de l’Homme, Palestiniens et communauté internationale.

Mais vendredi, face à la consternation devant les images du petit corps emmailloté dans un drapeau palestinien pour cacher des brûlures insoutenables, les dirigeants israéliens, le Premier ministre Benjamin Netanyahu en tête, ont tous dénoncé un acte « terroriste ».

M. Netanyahu ainsi que le président Reuven Rivlin ont, fait exceptionnel, rendu visite à Riham et Ahmed Dawabcheh. Le Premier ministre a même appelé le président palestinien Mahmoud Abbas pour lui assurer que justice serait faite.

« Je doute, a répondu M. Abbas, qu’Israël mette en œuvre une véritable justice », et c’est pour cela que les Palestiniens doivent remettre samedi un dossier à la Cour pénale internationale (CPI) contenant les éléments sur ce nouveau « crime de guerre » d’Israël, selon eux.

Vendredi, lors de l’enterrement de l’enfant,  le cortège funéraire s’est transformé en manifestation  en hommage au bébé devenu pour les Palestiniens le nouveau symbole de la violence des colons –responsables selon l’Autorité palestinienne de 11.000 attaques ces 10 dernières années. Ces défilés ont ensuite dégénéré en affrontements avec les forces israéliennes.

Un adolescent palestinien, touché par une balle de l’armée dans le camp de réfugiés de Jalazoune, qui borde Ramallah, a succombé dans la nuit. Un autre adolescent a été fauché par une balle de l’armée israélienne, cette fois à Gaza, l’armée expliquant qu’il s’était approché trop près du mur séparant Israël de l’enclave palestinienne.

Dans la nuit de samedi, une dizaine de Palestiniens ont été légèrement blessés lors d’échauffourées à Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, selon l’agence palestinienne. Et samedi à la mi-journée, colons et Palestiniens s’affrontaient dans un village du nord de la Cisjordanie.

L’émotion est  vive parmi les Israéliens, car cette journée de violences a succédé à un autre événement sanglant : jeudi soir, un orthodoxe juif a blessé à coups de couteau six personnes, dont une adolescente, lors de la Gay pride à Jérusalem. L’homme venait de purger 10 années de prison pour une attaque similaire qui avait fait trois blessés lors de la Gay pride en 2005.

Dès vendredi matin, de nombreux appels étaient lancés sur les réseaux sociaux pour un rassemblement prévu samedi soir à Tel-Aviv sous le mot d’ordre « Stop à la haine ». « Il faut que nous disions haut et fort que les incitations à la haine de l’extrême droite tue », assurent les organisateurs sur leur page Facebook.

De leur côté les dirigeants palestiniens affirment  tenir le gouvernement israélien pour «entièrement responsable» de la mort du bébé palestinien brûlé vif par des colons israéliens, y voyant la «conséquence directe» de l’«impunité» accordée selon eux par les autorités israéliennes aux colons. Le président palestinien, Mahmoud Abbas, a prévenu qu’il entendait s’adresser à la Cour pénale internationale (CPI). «Nous préparons immédiatement le dossier qui sera soumis à la CPI et rien ne nous arrêtera dans notre volonté de porter plainte», a-t-il affirmé depuis le siège de la présidence à Ramallah, en Cisjordanie occupée. Il a dénoncé «les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis chaque jour par des Israéliens contre le peuple palestinien».

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La division ne paie pas, la confiance est parfois nécessaire !

Posté par jacques LAUPIES le 1 août 2015

 

Nous avions déjà évoqué le problème de la cohésion nécessaire de Syriza autour  de son gouvernement et donc qu’il ne pouvait être que nuisible d’offrir aux libéraux européens la possibilité de d’empêcher des pratiques politiques différentes dans tel ou tel pays. On peut comprendre que mettre en œuvre des mesures  dont on sait qu’elles sont contraires aux objectifs que l’on s’est fixé ne soit pas très acceptable par les politiques et encore moins par leurs électeurs.

Se pose donc la question d’exposer les données du problème et de convaincre en particulier que les choix ainsi faits sont imposés, même illégitimement, par des forces économiques et financières intérieures et extérieures au pays. mais ces forces sont là et il faut faire avec et aller au compromis. Un compromis ne fait que refléter un état de rapport de force et donc peut facilement prendre l’aspect d’une compromission alors qu’il n’en est rien.

Que dans son interview Tsipras fasse référence à Lénine* qui dans des conditions différentes et extrêmes : la guerre inter impérialistes, choisit pour protéger la révolution de mettre un terme au conflit avec l’Allemagne malgré les pertes de territoires que cela occasionnait pour la Russie. Le extrêmes de gauche s’insurgèrent contre un tel compromis prônant la révolution permanente et la position de Trotski, à ce moment là, n’était guère soutenable !

Même  si la comparaison parait excessive elle est symbolique et n’est probablement pas la seule qui puisse être évoquée quels que soient les  »protagonistes »  concernés et les périodes historiques.

Sauf qu’il faut tout de même prendre en compte les intentions de ceux qui acceptent les compromis extrêmes comme cela est le cas de Tsipras.

Je n’ai ni la proximité, ni la capacité d’analyse, ni la connaissance, on s’en doute, pour porter un jugement sur l’individualité de ce dirigeant qui ne manque pas de faire trembler le libéralisme européen mais de ma petite et modeste vision il ne semble pas que les engagements et la sincérité de ce jeune chef d’état issu d’une vraie gauche puisse à priori, être mis en doute à ce jour.

De cela peut naitre une confiance !

*Le

Tsipras s’explique sur  les ondes de la radio rouge

Rosa Moussaoui
Jeudi, 30 Juillet, 2015
L’Humanité

 

Alexis Tsipras : « L’austérité est une impasse »

Entretien réalisé par 
Kostas Arvanitis (STO kokkino) traduction Théo Koutsaftis
Vendredi, 31 Juillet, 2015
L’Humanité

 

Mercredi, Sto Kokkino, radio proche de Syriza, diffusait un long entretien avec le premier ministre grec. 
Avec l’autorisation de nos confrères, nous en publions ici de larges extraits. Un éclairage inédit sur les rudes négociations entre Athènes et créanciers et sur le coup d’État financier dirigé contre le gouvernement de gauche.

Parlons de ces six mois de négociations. Quel bilan en tirez-vous ?

Alexis Tsipras Il faudra en tirer les conclusions de façon objective, sans s’avilir ni s’autoflageller, car ce semestre a été un semestre de grandes tensions et de fortes émotions. Nous avons vu remonter à la surface des sentiments de joie, de fierté, de dynamisme, de détermination et de tristesse, tous les sentiments. Mais je crois qu’au bout du compte si nous essayons de regarder objectivement ce parcours, nous ne pouvons qu’être fiers, parce que nous avons mené ce combat. Nous avons tenté, dans des conditions défavorables, avec un rapport de forces difficile en Europe et dans le monde, de faire valoir la raison d’un peuple et la possibilité d’une voie alternative. Au bout du compte, même si les puissants ont imposé leur volonté, ce qui reste c’est l’absolue confirmation, au niveau international, de l’impasse qu’est l’austérité. Cette évolution façonne un tout nouveau paysage en Europe.

Qu’en est-il aujourd’hui du mandat populaire donné à Syriza ? Les memoranda n’ont pas été déchirés. L’accord est particulièrement dur…

Alexis Tsipras Le mandat que nous avons reçu du peuple grec était de faire tout notre possible afin de créer les conditions, quel qu’en soit le coût politique, pour que le peuple grec cesse d’être saigné.

Vous aviez dit que les memoranda seraient supprimés avec une seule loi.

Alexis Tsipras Ne vous référez pas à l’un de mes discours de 2012. Avant les élections, je n’ai pas dit que les memoranda pouvaient être supprimés avec une seule loi. Personne ne disait cela. Nous n’avons jamais promis au peuple grec une balade de santé. C’est pour cela que le peuple grec a conscience et connaissance des difficultés que nous avons rencontrées, auxquelles lui-même fait face, avec beaucoup de sang-froid. Nous avons dit que nous mènerions le combat pour sortir de ce cadre d’asphyxie imposé au pays à cause de décisions politiques prises avant 2008 générant déficits et dettes, et après 2008, nous liant les mains. Nous avions un programme et nous avons demandé au peuple de nous soutenir afin de négocier dans des conditions difficiles pour pouvoir le réaliser. Nous avons négocié durement, dans des conditions d’asphyxie financière jamais vues auparavant. Pendant six mois, nous avons négocié et en même temps réalisé une grande partie de notre programme électoral. Pendant six mois, avec l’angoisse constante de savoir si à la fin du mois nous pourrions payer les salaires et les retraites, faire face à nos obligations à l’intérieur du pays, envers ceux qui travaillent. C’était cela notre angoisse constante. Et, dans ce cadre, nous avons réussi à voter une loi sur la crise humanitaire. Des milliers de nos concitoyens, en ce moment, bénéficient de cette loi. Nous avons réussi à réparer de grandes injustices, comme celles faites aux femmes de ménage du ministère des Finances, aux gardiens d’école, aux employés de la radiotélévision publique ERT, qui a rouvert. Sans essayer d’enjoliver les choses, n’assombrissons pas tout. Si quelqu’un a le sentiment que la lutte des classes est une évolution linéaire, qu’elle se remporte en une élection et que ce n’est pas un combat constant, qu’on soit au gouvernement ou dans l’opposition, qu’il vienne nous l’expliquer et qu’il nous donne des exemples. Nous sommes devant l’expérience inédite d’un gouvernement de gauche radicale dans les conditions de l’Europe néolibérale. Mais nous avons aussi, à gauche, d’autres expériences de gouvernement et nous savons que gagner les élections ne signifie pas, du jour au lendemain, disposer des leviers du pouvoir. Mener le combat au niveau gouvernemental ne suffit pas. Il faut le mener, aussi, sur le terrain des luttes sociales.

Pourquoi avez-vous pris cette décision de convoquer un référendum ?

Alexis Tsipras Je n’avais pas d’autre choix. Il faut garder en tête ce que j’avais avec le gouvernement grec entre les mains le 25 juin, quel accord on nous proposait. Je dois admettre que c’était un choix à haut risque. La volonté du gouvernement grec n’était pas seulement contraire aux exigences des créanciers, elle se heurtait au système financier international, au système politique et médiatique grec. Ils étaient tous contre nous. La probabilité que nous perdions le référendum était d’autant plus élevée que nos partenaires européens ont poussé cette logique jusqu’au bout en décidant de fermer les banques. Mais c’était pour nous la seule voie, puisqu’ils nous proposaient un accord avec des mesures très difficiles, un peu comme celles que nous avons dans l’accord actuel, voire légèrement pires, mais dans tous les cas des mesures difficiles et à mon avis inefficaces. En même temps, ils n’offraient aucune possibilité de survie. Car, pour ces mesures, ils offraient 10,6 milliards sur cinq mois. Ils voulaient que la Grèce prenne, une fois ses engagements tenus, ce qui restait du programme précédent en termes de financements, sans un euro en plus, parce que telle était l’exigence des Néerlandais, des Finlandais, des Allemands. Le problème politique principal des gouvernements du Nord était qu’ils ne voulaient absolument pas aller devant leurs Parlements pour donner ne serait-ce qu’un euro d’argent « frais » à la Grèce, car ils s’étaient eux-mêmes enfermés dans un climat populiste selon lequel leurs peuples payaient pour ces paresseux de Grecs. Tout ceci est bien sûr faux, puisqu’ils paient pour les banques, pas pour les Grecs. Qu’a apporté la position forte tenue contre vents et marées par le peuple grec au référendum ? Elle a réussi à internationaliser le problème, à le faire sortir des frontières, à dévoiler le dur visage des partenaires européens et des créanciers. Elle a réussi à donner à l’opinion internationale l’image, non pas d’un peuple de fainéants, mais d’un peuple qui résiste et qui demande justice et perspective. Nous avons testé les limites de résistance de la zone euro. Nous avons fait bouger les rapports de forces. La France, l’Italie, les pays du Nord avaient tous des positions très différentes. Le résultat, bien sûr, est très difficile mais, d’un autre côté, la zone euro est arrivée aux limites de sa résistance et de sa cohésion. Les six prochains mois seront critiques et les rapports de forces qui vont se construire durant cette période seront tout aussi cruciaux. En ce moment, le destin et la stratégie de la zone euro sont remis en question. Il y a plusieurs versions. Ceux qui disaient « pas un euro d’argent frais » ont finalement décidé non pas seulement un euro mais 83 milliards. Donc de 10,6 milliards sur cinq mois on est passé à 83 milliards sur trois ans, en plus du point crucial qu’est l’engagement sur la dépréciation de la dette, à discuter en novembre. C’est un point clé pour que la Grèce puisse, ou non, entrer dans une trajectoire de sortie de la crise. Il faut cesser avec les contes de messieurs Samaras et Venizelos, qui prétendaient sortir des memoranda. La réalité est que ce conte avait un loup, ce loup c’est la dette. Avec une dette à 180-200 % du PIB, on ne peut pas avoir une économie stable. Le seul chemin que nous pouvons suivre est celui de la dépréciation, de l’annulation, de l’allégement de la dette. La condition pour que le pays puisse retrouver une marge financière, c’est qu’il ne soit plus obligé de dégager des excédents budgétaires monstrueux, destinés au remboursement d’une dette impossible à rembourser.

Le non au référendum était un non à l’austérité…

Alexis Tsipras Il y avait deux parties dans la question posée au référendum. Il y avait la partie A qui concernait les mesures prérequises et la partie B qui concernait le calendrier de financement. Si nous voulons être tout à fait honnêtes et ne pas enjoliver les choses, par rapport à la partie A, l’accord qui a suivi le référendum est similaire à celui que le peuple grec a rejeté. En ce qui concerne la partie B par contre, et là nous devons être honnêtes, c’est le jour et la nuit. Nous avions cinq mois, 10,6 milliards, cinq « revues ». Nous avons 83 milliards – c’est-à-dire une couverture totale des besoins financiers sur le moyen terme (2015-2018), dont 47 milliards pour les paiements externes, 4,5 milliards pour les arriérés du secteur public et 20 milliards pour la recapitalisation des banques et, enfin, l’engagement crucial sur la question de la dette. Il y a donc un recul sur la partie A de la part du gouvernement grec, mais sur la partie B il y a une amélioration : le référendum a joué son rôle. Le mercredi soir précédent le scrutin, certains avaient créé les conditions d’un coup d’État dans le pays, en proclamant qu’il fallait envahir Maximou (le Matignon grec – NDLR), que le gouvernement emmenait le pays vers une terrible catastrophe économique, en parlant de files d’attente devant les banques. Je dois dire que le peuple grec a su garder son sang-froid, au point que les télévisions avaient du mal à trouver du monde pour se plaindre de la situation, ce sang-froid était incroyable. Ce soir-là, je me suis adressé au peuple grec et j’ai dit la vérité. Je n’ai pas dit : « Je fais un référendum pour vous sortir de l’euro. » J’ai dit : « Je fais un référendum pour gagner une dynamique de négociation. » Le non au mauvais accord n’était pas un non à l’euro, un oui à la drachme. On peut m’accuser d’avoir fait de mauvais calculs, d’avoir eu des illusions, mais à chaque moment, j’ai dit les choses clairement, j’ai informé deux fois le Parlement, j’ai dit la vérité au peuple grec.

Avec dans vos mains, les 61,2 % que vous a donnés le peuple grec, quel aurait été l’accord qui vous aurait satisfait lors de votre retour de Bruxelles ?

Alexis Tsipras Le référendum a été décidé le jour de l’ultimatum, le 25 juin, vendredi matin, lors d’une réunion que nous avons tenue à Bruxelles, avec, devant nous, la perspective d’une humiliation sans sortie possible. C’était, pour eux, à prendre ou à laisser. « The game is over », répétait le président du Conseil européen, Donald Tusk. Ils ne s’en cachaient pas, ils voulaient des changements politiques en Grèce. Nous n’avions pas d’autre choix, nous avons choisi la voie démocratique, nous avons donné la parole au peuple. Le soir même en rentrant d’Athènes, j’ai réuni le Conseil gouvernemental où nous avons pris la décision. J’ai interrompu la séance pour communiquer avec Angela Merkel et François Hollande. Je leur ai fait part de ma décision ; le matin même, je leur avais expliqué que ce qu’ils proposaient n’était pas une solution honnête. Ils m’ont demandé ce que j’allais conseiller au peuple grec et je leur ai répondu que je conseillerai le non, pas dans le sens d’une confrontation mais comme un choix de renforcement de la position de négociation grecque. Et je leur ai demandé de m’aider à mener à bien ce processus, calmement, de m’aider afin que soit accordé par l’Eurogroupe, qui devait se réunir quarante-huit heures plus tard, une extension d’une semaine du programme afin que le référendum ait lieu dans des conditions de sécurité et non pas dans des conditions d’asphyxie, avec les banques fermées. Ils m’ont tous les deux assuré à ce moment-là, qu’ils feraient tout leur possible dans cette direction. Seule la chancelière m’a prévenu qu’elle s’exprimerait publiquement sur le référendum, en présentant son enjeu comme celui du maintien ou non dans l’euro. Je lui ai répondu que j’étais en absolu désaccord, que la question n’était pas euro ou drachme, mais qu’elle était libre de dire ce qu’elle voulait. Là, la conversation s’est arrêtée. Cette promesse n’a pas été tenue. Quarante-huit heures plus tard, l’Eurogroupe a pris une décision très différente. Cette décision a été prise au moment où le Parlement grec votait le référendum. La décision de l’Eurogroupe a mené en vingt-quatre heures à la décision de la BCE de ne pas augmenter le plafond ELA (mécanisme de liquidités d’urgence dont dépendent les banques grecques – NDLR) ce qui nous a obligés à instaurer un contrôle de capitaux pour éviter l’effondrement du système bancaire. La décision de fermer les banques, était, je le pense, une décision revancharde, contre le choix d’un gouvernement de s’en remettre au peuple.

Vous attendiez-vous à ce résultat ?

Alexis Tsipras J’avoue que jusqu’au mercredi (précédent le scrutin – NDLR) j’avais l’impression que ce serait un combat indécis. À partir du jeudi, j’ai commencé à réaliser que le non allait l’emporter, et le vendredi j’en étais convaincu. Dans cette victoire, la promesse que j’ai faite au peuple grec de ne pas jouer à pile ou face la catastrophe humanitaire a pesé. Je ne jouais pas à pile ou face la survie du pays et des couches populaires. À Bruxelles, par la suite, sont tombés sur la table plusieurs scénarios terrifiants. Je savais durant les dix-sept heures où j’ai mené ce combat, seul, dans des conditions difficiles, que si je faisais ce que me dictait mon cœur – me lever, taper du poing sur la table et partir – le jour même, les succursales des banques grecques à l’étranger allaient s’effondrer. En quarante-huit heures, les liquidités qui permettaient le retrait de 60 euros par jour se seraient taries et pis, la BCE aurait décidé d’une décote des collatéraux des banques grecques, voire aurait exigé des remboursements qui auraient conduit à l’effondrement de l’ensemble du système bancaire. Or un effondrement se serait traduit non pas par une décote des épargnes mais par leur disparition. Malgré tout j’ai mené ce combat en essayant de concilier logique et volonté. Je savais que si je partais j’aurais probablement dû revenir, dans des conditions plus défavorables encore. J’étais devant un dilemme. L’opinion publique mondiale clamait « #ThisIsACoup », au point que c’est devenu cette nuit-là sur Twitter le premier hashtag au niveau mondial. D’un côté, il y a avait la logique, de l’autre la sensibilité politique. Après réflexion, je reste convaincu que le choix le plus juste était de faire prévaloir la protection des couches populaires. Dans le cas contraire, de dures représailles auraient pu détruire le pays. J’ai fait un choix de responsabilité.

Vous ne croyez pas à cet accord et pourtant vous avez appelé les députés à le voter. Qu’avez-vous en tête ?

Alexis Tsipras Je considère, et je l’ai dit au Parlement, que c’est une victoire à la Pyrrhus de nos partenaires européens et de nos créanciers, en même temps qu’une grande victoire morale pour la Grèce et son gouvernement de gauche. C’est un compromis douloureux, sur le terrain économique comme sur le plan politique. Vous savez, le compromis est un élément de la réalité politique et un élément de la tactique révolutionnaire. Lénine est le premier à parler de compromis dans son livre la Maladie infantile du communisme (le « gauchisme ») et il y consacre plusieurs pages pour expliquer que les compromis font partie des tactiques révolutionnaires. Il prend dans un passage l’exemple d’un bandit pointant sur vous son arme en vous demandant l’argent ou la vie. Qu’est censé faire un révolutionnaire ? Lui donner sa vie ? Non, il doit lui donner l’argent, afin de revendiquer le droit de vivre et de continuer la lutte. Nous nous sommes retrouvés devant un dilemme coercitif. Aujourd’hui, les partis de l’opposition et les médias du système font un boucan impressionnant, allant jusqu’à demander des procédures pénales contre Yanis Varoufakis. Nous sommes tout à fait conscients que nous menons un combat, en mettant en jeu notre tête, à un niveau politique. Mais nous menons ce combat en ayant à nos côtés la grande majorité du peuple grec. C’est ce qui nous donne de la force.

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Les produits français dans le piège de l’import-export

Posté par jacques LAUPIES le 31 juillet 2015

 

 

Entretien réalisé par 
Marie-Noëlle Bertrand

Mardi, 28 Juillet, 2015
L’Humanité

 

Pour Victor Pereira, animateur du pôle élevage de la Confédération paysanne, la difficile promotion des produits français puise ses racines dans un système visant lui-même les marchés mondiaux.

Qu’est-ce qui freine le « consommez français » ?

VICTOR PEREIRA D’abord, un problème d’adéquation entre la production et la demande. Exemple avec la viande bovine : en France, nous consommons essentiellement des femelles (à 75 %) et peu de bœuf. Or, nous produisons un tiers de jeunes bovins. Résultat, nous importons un quart de notre viande, tandis que nous exportons broutards et taurillons vers l’Italie ou l’Espagne. Pourquoi s’obstine-t-on dans ce choix ? D’autant que nos débouchés traditionnels saturent. Cela nous oblige à viser du côté de la Grèce, de l’Égypte ou de la Turquie… autant de marchés instables à faible pouvoir d’achat, qui ne permettent pas une revalorisation du prix des produits français. En outre, il faut choisir : on ne peut pas plaider pour le « consommez français », tout en cherchant à développer les marchés à l’export. Peut-on refuser la concurrence des autres pays, tout en cherchant à imposer la nôtre ?

 

Le ministre de l’Agriculture rétorque la même chose aux agriculteurs qui bloquent les camions étrangers…

VICTOR PEREIRA Sauf que Stéphane Le Foll est lui-même responsable de ce discours, quand il prône le développement des exportations, même dans des filières comme le porc, où nous ne produisons pas suffisamment pour répondre à notre demande, singulièrement dans la charcuterie salaison. Porté par les politiques publiques, ce discours offre un cap aux agriculteurs. On leur dit : grandissez pour être compétitifs ! Ils grandissent. Avec ce paradoxe : ce sont les plus grosses fermes, celles qui ont fait de lourds investissements, qui ont le plus besoin d’aide. Les éleveurs herbagés, qui n’ont pas surinvesti dans leurs structures et dont l’alimentation des bêtes coûte peu, sont moins affectés par la crise. Avec cet autre fait, aussi : s’agrandir s’opère forcément au détriment des autres. Beaucoup d’éleveurs suivent, en 
espérant être parmi les 25 000 éleveurs laitiers qui existeront encore dans dix ans (contre 60 000 aujourd’hui – NDLR).

Mais beaucoup voient le marché à l’export comme une planche de salut…

VICTOR PEREIRA Il est difficile de résister au discours sur la compétitivité, la restructuration, la modernisation, le rééquilibrage de la balance commerciale… Mais regardons les choses en face : depuis vingt ans, les exportations agroalimentaires françaises ont quadruplé. Les paysans vivent-ils mieux ? L’Allemagne, elle, est portée comme un exemple à suivre. Pourtant sa balance commerciale affiche 12 milliards d’euros de déficit. Autrement dit, elle importe plus qu’elle n’exporte. Celle de la France, pour l’heure, est excédentaire.

 

Quelle est la part de responsabilité de la grande distribution dans la mise en concurrence des produits français et étrangers ?

VICTOR PEREIRA Autant que les industriels, elle profite du système et d’un marché européen où la concurrence est exacerbée. Certes, les grandes enseignes alimentent la guerre des prix. Mais elles ne font pas toute la mécanique. On peut toujours les enjoindre à valoriser les produits français : cela restera de l’incantation. Pour qu’une enseigne renonce à acheter au moins coûtant, il faut que toutes jouent le jeu. Et pourquoi le feraient-elles ? Les agriculteurs eux-mêmes le savent : quand un tracteur est moins cher en Italie, ils l’achètent en Italie. Soit on l’accepte, soit on remet en cause tout le système de libéralisation. Mais cela, ni le gouvernement, ni les syndicats agricoles majoritaires ne le font.

L’homme qui tape sur l’épaule des paysans avant de leur pisser dessus

Gérard Le Puill
Mercredi, 29 Juillet, 2015
Humanite.fr

 

Collaborateur de l’hebdomadaire La France Agricole et auteur de points de vue sur les crises agricoles dans le quotidien  Les Echos, Nicolas-Jean Brehon se veut sympathique avec ses lecteurs paysans mais les méprise profondément quand il s’adresse au patronat pour parler d’eux .

Collaborateur de l’hebdomadaire La France Agricole et auteur de points de vue sur les crises agricoles dans le quotidien  Les Echos, Nicolas-Jean Brehon se veut sympathique avec ses lecteurs paysans mais les méprise profondément quand il s’adresse au patronat pour parler d’eux .

 

L’homme n’est pas connu des lecteurs de l’Humanité. Il se nomme Nicolas-Jean Brehon et n’affiche aucun titre professionnel quand il écrit une chronique dans La France agricole sous le logo « En coulisses à Bruxelles ». Mais il rédige aussi un « Point de vue » de temps à autre dans le quotidien Les Echos. Le journal  préféré des milieux d’affaires le présente alors comme « professeur à l’IDREHEA, institut  de hautes études de droit rural et d’économie agricole ».

Dans l’hebdomadaire que lisent de nombreux paysans, Nicolas-Jean Brehon écrit en marchant  sur des œufs, sans doute avec le souci de ne pas faire perdre des lecteurs au journal qui le paie. Il explique un jour que ce n’est pas simple de simplifier la Politique agricole commune (PAC). Il dit un autre jour que les Appellation d’Origine Protégées (AOP) sont un atout à valoriser pour la production laitière et fromagère française. Il dit aussi  que l’organisation des producteurs de lait a du mal à s’imposer face aux firmes privées auxquelles ils livrent leur production. Il serait donc du côté des éleveurs ce Nicolas-Jean Brehon. Mais pas trop quand même.

Car une autre facette du même homme s’exprime dans «Les Echos», comme en témoignent ses propos dans l’édition du  28 juillet 2015. A 30 centimes  le litre de lait, il concède que les producteurs « ont raison de se plaindre. Mais ils se plaignent   pour de mauvaises raisons», ajoute-t-il. Car  la fin des quotas a été annoncée « il y a…seize ans ». Et puis, «ce n’est pas en France que le lait est le moins cher. Même si ce fut vrai. Sur le douze derniers mois, le prix français a été en dessous du prix allemand pendant quatre mois avec un écart maximal sur le prix de base de 1 centime. Mieux, c’est en France que la baisse des prix a été la plus faible  des grands pays laitiers,  moins 14% en France sur un an contre moins 21% en Allemagne et  moins 27% aux Pays Bas ».

Alors, ce qu’il faut en France « c’est juste passer de la lutte à la négociation. C’est aussi simple que ça », affirme  Brehon. Encore faut-il trouver des interlocuteurs pour «ça», ce que notre chantre du libéralisme oublie de dire. Pour le reste, l’avenir serait aux fermes à 1.000 vaches et plus. Car « dans les zones de déprise laitière, qui sont les plus fragiles, la grande ferme permet au collecteur d’aller chercher le lait des autres fermes », dans celle qui a regroupé tous les animaux. « C’est aussi simple que ça», dit encore Brehon. Il a juste oublié qu’il faut aussi nourrir les vaches concentrées sur un seul site. Et que le transport de nourriture du bétail sur de longues distances pollue plus et coûte aussi  plus cher que l’économie réalisée  sur la collecte du lait. Mais ce n’est pas l’industriel collecteur de lait  qui va payer le surcoût  dans ce cas précis. C’est aussi simple que ça, pourrait-on ajouter.

Pour le reste, « quand les Français doutent encore du fameux potentiel du marché chinois  et ne savent pas ce qu’ils font faire, les concurrents se préparent. C’est aussi simple que ça », ajoute une fois de plus  Nicolas-Jean Brehon avant de conclure doctement : « La profession a moins besoin  de prix que d’un cap. C’est aussi simple que ça»!

Ainsi donc, quand il s’adresse aux paysans dans La France agricole, Nicolas-Jean Brehon leur tape amicalement sur l’épaule. Quand ses propos dans Les Echos s’adressent  au patronat et aux spéculateurs pour parler des éleveurs, ces derniers se font pisser dessus!

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Faut pas rêver ?

Posté par jacques LAUPIES le 30 juillet 2015

 

 

 

 

Nous ne sommes plus au temps de l’Union Soviétique et de la solidarité entre le camp socialiste envers les luttes d’indépendances nationales.  De nos jours on ne prête qu’aux riches et à ceux qui se soumettent à eux.

Ce qui n’empêche les riches de se chamailler entre eux. Mais c’est bien connu ces derniers ne donnent rien contre rien ! La charité tout au plus laissée aux bons soins de ceux qui apportent leur bénédiction.

Quant à ceux qui prônent la liberté, la démocratie, le partage, s’ils ont les caisses vides qu’ils se démerdent ! Au pire on les enfoncera un peu plus car ils sont un mauvais exemples pour les possédants. Mais au fait qui peut donner contre rien ?

Ainsi va le monde libéral, le monde capitaliste. Pourquoi donnerait il à ceux qui veulent réfréner leurs appétits, et même parfois les voir disparaître ?

Alors dans ces conditions il ne reste que deux solutions pour les pauvres : tout prendre et instaurer le partage ou végéter et gérer leur pauvreté dans leur coin. 

Oui je sais c’est bien plus compliqué que ça, car chaque nation a ses pauvres et ses riches et son niveau de développement. Les nations riches comme les nations pauvres. C’est pourquoi les pauvres ne doivent pas perdre ça de vue. En plus les pauvretés sont relatives : un pauvre français est différent d’un pauvre de Madagascar.

Peuples et Prolétaires de tous les pays y a du boulot  !

 

Le ralentissement économique des pays émergents a privé la Grèce 
des nouvelles coopérations économiques sur lesquelles comptait Syriza.

Est-ce l’extravagance de l’accord extorqué sous la menace au premier ministre grec, le 13 juillet, à Bruxelles, qui débride l’imagination des journalistes de To Vima ? Le quotidien de droite affirmait, il y a quelques jours, que le président russe, Vladimir 
Poutine, aurait, le 5 juillet dernier, jour de la victoire du « non » au référendum, opposé une fin de non-recevoir à la sollicitation d’Alexis Tsipras, demandeur d’un prêt de 10 milliards de dollars pour financer un Grexit et « imprimer des drachmes ». L’histoire paraît peu crédible, surtout venant d’un titre ayant mené une campagne acharnée pour le « oui », présenté comme la seule garantie de maintien dans l’euro. Elle évoque toutefois l’échec d’un introuvable « plan B » dans lequel les pays émergents, Russie en tête, auraient pu jouer un rôle de pivot.

La Russie n’est pas prête à s’engager plus avant sur le terrain grec

Avant même la tenue des élections législatives anticipées, on évoquait ouvertement à Syriza la nécessité, pour une Grèce ancrée dans l’Union européenne, d’élargir l’éventail de ses coopérations économiques et de ses relations diplomatiques. Au mois de décembre 2014, alors que la chute du gouvernement Samaras était devenue inévitable, l’économiste Yannis Tolios, membre du comité central de Syriza, évoquait le projet de « renégocier la politique extérieure grecque ». « Les Chinois prêtent de l’argent aux États-Unis, une grande partie de la dette américaine est détenue par Pékin, remarquait-il. Pourquoi ne pourrions-nous pas nous tourner vers les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), nouer avec ces pays de nouveaux partenariats économiques ? »

Perspective d’autant plus rationnelle qu’Athènes entretient déjà des liens étroits avec les pays émergents et en développement, qui concentrent 53 % du total des exportations grecques de biens (33,5 milliards de dollars) et 51 % des importations (63,5 milliards de dollars). Principal partenaire commercial et premier fournisseur de pétrole et de gaz, la Russie a multiplié les échanges bilatéraux avec le gouvernement Tsipras, jusqu’à la signature en juin d’un accord sur le transit du gazoduc South Stream à travers la Grèce. Ces derniers jours, Athènes et Moscou ont trouvé la formule pour contourner l’embargo et permettre l’exportation de denrées agricoles grecques vers la Russie, via des compagnies russo-grecques de droit russe.

Au plan symbolique, le Kremlin ne manque jamais une occasion d’exalter les « liens spirituels et culturels » unissant les deux pays, majoritairement orthodoxes. Mais Poutine, avec une économie en récession, fragilisée par la chute des cours des hydrocarbures, ne semble pas prêt à s’engager plus avant sur le terrain grec. « Moscou n’est pas favorable à un Grexit, par crainte des conséquences systémiques. Les Russes recherchent avant tout la stabilité de leurs intérêts. Ils sont prêts à aider la Grèce, mais selon les scénarios qui les arrangeront », remarque-t-on à la direction de Syriza. Les obstacles économiques se conjuguent avec les préventions diplomatiques et géopolitiques, les Russes, déjà impliqués sur le front ukrainien, ne souhaitant pas allumer d’autres contentieux avec l’Union européenne.

Pékin affiche la même prudence. D’autant que les investissements chinois sont loin d’être désintéressés : avec le géant du fret maritime Cosco, concessionnaire de deux terminaux à containers au Pirée, la Chine cherchait surtout à se garantir une porte d’entrée vers l’Europe… et la zone euro. « Nous n’en sommes qu’aux balbutiements de cette relation avec les Brics. Or, il n’est pas du tout certain que celle-ci puisse s’épanouir à l’avenir si nous ne clarifions pas notre relation avec l’UE et la zone euro, remarque Dimitris Sérémétis, professeur d’économie à l’université de la mer Égée. Pour l’instant, nous en sommes à stabiliser nos affaires avec l’UE et, jusqu’ici, chaque pas en direction des Brics, et de la Russie en particulier, était scruté d’un mauvais œil à Bruxelles. » Surveillance sans doute renforcée à l’avenir, avec la tutelle restaurée par le mal nommé « accord » du 13 juillet.

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