Comment se forger une opinion ?

Posté par jacques LAUPIES le 14 janvier 2018

La conscience de classe se construit en fonction d’expériences de vie. Rien de spontané, elle connaît des niveaux différents en fonction de ce que fut notre enfance, notre adolescence, notre entrée dans ce que communément on appelle « la vie adulte active » et se poursuit évidemment dans la période de retraite.

Chacune de ces phases pouvant connaître des moments de décrochage qui nous font oublier notre condition mais généralement les aléas de la vie sociale  sont là pour nous rappeler notre appartenance de classe.

Dans une société qui permet une progression de carrière professionnelle, de « réussite » en qualité de travailleur indépendant, de commerçant, de paysan, de travailleur libéral mais qui également déclasse, exclut les individus il n’est pas étonnant que les uns et les autres  fluctuent dans leur conviction. 

Il n’est donc pas étonnant de voir ces individus « perdre leur conscience de classe » sous l’effet de conditions matérielles de vie nouvelle, comme à l’inverse d’en voir d’autres profondément, de part l’éducation reçue, dans le cadre familial, dans une catégorie sociale donnée, rester attachés à des concepts propres à la classe dont ils sont issus.

Rien de mécanique dans tout cela d’autant que la société dans laquelle on vit, est soumise à la pression idéologique de la classe dominante. A l’heure où la communication est  permanente et à une dimension instantanée d’une puissance inouïe l’individu reçoit une multitude d’informations qui ont la caractéristique contradictoire d’être multipliées(ce qui pourrait-être une richesse)  et en même temps  réduite par la sélection  dont il n’a pas la maitrise (ce qui est aliénant)

Sauf à s’être doté d’une méthode permettant un choix rigoureux des éléments de connaissance et de pratiques susceptible de lui permettre de déceler et d’analyser la réalité dans l’essentiel qui détermine nos vies et permet de nous projeter dans l’avenir.

L’utilisation massive de l’ordinateur et du smartphone, les formes « nouvelles » de l’information  télévisuelle, la relative défaillance de la presse écrite, sont  la démonstration de ce double mouvement de profusion des idées et de la restriction de leur réceptivité.

Où cela nous mènera-t-il ? Et la conscience de classe finira-t-elle par l’emporter ?

J’avoue que cela m’inquiète et en tous cas nécessite que l’on se préoccupe d’avoir des instruments d’éclairage qui ne sont pas tous à inventer.  Mais surement à améliorer ! J’en vois un irremplaçable : le parti politique !

 

Marie-Laure Dufresne-Castets : « Dès que les gens prennent conscience de leur force, ils gagnent »

 

Entretien réalisé par Kareen Janselme
Vendredi, 12 Janvier, 2018
L’Humanité
Photo : Don Quichotte éditions.

Photo : Don Quichotte éditions.

Avocate des salariés depuis plus de trente ans, elle a combattu auprès des salariés de PSA, Continental, Moulinex, McDonald’s… Dans son dernier ouvrage Un monde à gagner, elle raconte ses luttes et ses procès, appelant à combattre la justice des puissants, accentuée par la réforme en cours du Code du travail.

Dans votre livre, vous écrivez que le droit n’est pas neutre, que « le droit n’est pas juste et équitable en soi ». Comment l’avez-vous construit en tant qu’outil politique ?

MARIE-LAURE DUFRESNE-CASTETS Le droit est un instrument parmi d’autres pour mener la bagarre. Le droit est un instrument politique. C’est la conception politique que l’on en a qui fait du droit ce qu’il est. Le très grand juriste Gérard Lyon-Caen disait que « le droit est une technique réversible ». Le droit tel que nous le pratiquons ne ressemble pas au droit tel que le pratiquent les avocats d’employeurs. À travers le droit, nous poursuivons une finalité : plus de justice, plus d’égalité. Nous avons choisi notre camp, celui des travailleurs. Le droit dont nous nous servons, que nous tâchons de conforter, est les droits qui garantissent les travailleurs. C’est en cela que c’est un instrument politique. Au jour le jour, et dans chaque instant de la vie des personnes, des questions de droit se posent. Le droit, c’est l’organisation de la vie sociale. La manière dont on conçoit ce droit-là est un point de vue politique.

En complément du droit, des décisions de justice obtenues, le rituel est aussi important dans la profession. Comment l’utilisez-vous ?

MARIE-LAURE DUFRESNE-CASTETS La substance du droit, c’est l’outil. Mais il existe d’autres outils à travers la forme et les rituels utilisés dans notre profession. Une plaidoirie, c’est une forme de tribune. Je porte la parole de ceux qui sont là, je suis transparente. Je porte leur combat. Mais, par moments, notre plaidoirie est indifférente au tribunal, quelle que soit sa qualité. Je songe à l’affaire des 9 salariés de PSA Poissy. Le tribunal correctionnel de ­Versailles était indifférent à nos arguments. Parfois notre rationalité les ­dérangeait. Lorsque je réclamais des preuves sur certains points, je les agaçais profondément parce que, bien sûr, c’était impossible de les apporter. Dans ces cas-là, la plaidoirie a pour fonction autant de restituer la dignité de ceux qui sont traduits injustement en justice que de les défendre. Ce qui n’exclut pas la défense, qui doit être la plus sérieuse au monde. Par respect pour ceux que je défends et pour tenir en respect les adversaires. Il y a des juges qui méritent ce respect-là. Pas tous les magistrats : ce sont souvent des petits notables qui ont un manque de rigueur. Ce sont des gens qui sont en position de grand pouvoir et ça peut les perturber.

Parfois, comme en Martinique, le procès d’une syndicaliste peut être une tribune pour le mouvement social face à la volonté de répression patronale…

MARIE-LAURE DUFRESNE-CASTETS Ghislaine Joachim-Arnaud est secrétaire générale de la CGT Martinique, l’un des acteurs principaux de la grève de 2009 (1). Elle a été un symbole de la grève, elle a mené les négociations, était en tête des manifestations. C’est un personnage important et très connu en Martinique. Une personnalité très forte, séduisante, intelligente et chaleureuse. Les békés (propriétaires terriens et descendants des premiers colons des Antilles) n’ont pas digéré la grève de 2009. Il leur fallait donner un coup à ceux qui avaient été reconnus comme les triomphateurs dans cette grève, les travailleurs. Ghislaine était une personne toute désignée. Invitée à une émission télévisée, elle avait dédicacé le livre d’or en créole, reprenant la phrase scandée tout au long de la grève : « La Martinique est à nous, pas à eux, une bande de békés profiteurs et voleurs, nous allons les foutre dehors. » Ghislaine Joachim-Arnaud a été poursuivie par une association de békés pour incitation à la haine raciale. Une arrière-petite-fille d’esclave était poursuivie en correctionnelle par les arrière-petits-enfants des esclavagistes pour incitation à la haine raciale : la situation ne manquait pas de piquant. Le parquet a suivi car ses intérêts étaient les mêmes. Les békés ne sont pas d’abord des Blancs, ce sont d’abord des possédants. Ce fut une magnifique audience. Nous sommes arrivés en cortège de 500 personnes en chantant « Martinik sé ta nou, sé pa ta yo » au son des djembés. C’était magnifique : le tribunal tremblait des chants. Fort-de-France ressemble à une ville coloniale avec de grands bâtiments de type administration coloniale dans une ville très pauvre. Et là, les pauvres investissaient le bâtiment. Le procès aussi était impressionnant, très cinématographique : une salle noire face à des juges blancs. Nous étions quatre avocats : un Guadeloupéen, deux Martiniquais et moi. La présidente était extrêmement méprisante et violente à l’égard de la salle. D’entrée de jeu, elle s’est adressée de manière condescendante à Ghislaine, qui est une grande femme très digne s’exprimant très bien. Assez vite, le rapport de forces verbal s’est inversé. Le tribunal est un lieu public. C’est là que le tribunal peut être l’occasion d’inverser les images, de donner la parole à ceux qu’on essaie de faire taire en permanence. Le procès, c’est tout un rituel. En s’appuyant dessus, on peut faire passer beaucoup de choses. Car ce rituel est fondé sur des notions qui ne sont pas fausses. C’est-à-dire qu’il y a l’équilibre des armes, « l’égalité des armes », dit la Cour européenne des droits de l’homme. Même si ce n’est pas le cas dans la réalité. Ce n’est pas malsain de s’appuyer sur ces rituels, de se les réapproprier, et ne pas les abandonner aux puissants.

Pourquoi la colère ouvrièreest-elle ­régulièrement réprimée, tandis que la violence patronale n’est jamais dénoncée ?

MARIE-LAURE DUFRESNE-CASTETS La colère ouvrière est réprimée même quand il n’y a rien à reprocher. La population est accusée de la violence qu’elle subit. C’est très impressionnant. Dès qu’un salarié dit un gros mot dans une entreprise, alors qu’on sait comment les chefs s’adressent aux salariés, on en fait tout un pataquès. Et les juges de s’ébahir… Je suis toujours exaspérée de les voir réagir comme ça : ils sont allés dans une usine ? Ils ont vu comment le chef parle aux ouvriers ? Quand on interdit à un ouvrier d’aller aux toilettes parce que ce n’est pas l’heure de la pause ? On a ajouté au fordisme le lean management. Le fordisme est déjà une horreur. C’est transformer les hommes en machines. C’est les Temps modernes de Chaplin. Mais le lean management est venu s’y ajouter. Quand je plaide sur les accords de compétitivité, on plaide comme exemple chez Renault l’usine de Sunderland en Grande-Bretagne, créée sous Thatcher dans la région au plus fort taux de chômage. Le rêve de Ghosn est que les usines françaises ressemblent à Sunderland. Mais, là-bas, la moyenne d’âge est de 28 ans car il y a un turnover considérable. Quand les ouvriers sont usés, ils s’en vont. Et on en prend d’autres. Chaque opération doit durer moins de 24 secondes. C’est calculé, inscrit. C’est la règle. Quand dans les usines françaises on produisait 60 voitures par salarié par an, on en produisait 118 à Sunderland.

Vous témoignez de l’accentuation des recours juridiques contre les salariés et les syndicalistes. Comment les avez-vous vu grossir ?

MARIE-LAURE DUFRESNE-CASTETS C’est concomitant à la montée du libéralisme. Quand l’État social se défait, l’État policier se conforte. Quand on met à bas les lois sociales, qu’on défait les services publics, qu’on donne des coups de serpe dans le maillage qui permet aux moins favorisés de s’en sortir et qui fait que la société est un peu moins cruelle, quand on défait tout cela, on provoque la révolte. Et donc il faut prévoir de pouvoir la mater. Je crois que les lois comme celle sur la sécurité intérieure, toutes ces lois qui renforcent le pouvoir de la police, vont dans le même sens. Dans le livre je fais un parallèle entre la défaisance du droit social et le renforcement d’un droit répressif. Il y a une logique à tout cela. Quand j’écrivais il m’est revenu en mémoire que la première fois que ­Renault a envoyé des syndicalistes au pénal, c’était à partir de 1986, quand la privatisation de la Régie avait été envisagée. Après une grève, les ouvriers ont fait une « descente au bureau » du chef pour demander des comptes. C’était une tradition ouvrière. La direction leur a reproché des violences, puisqu’on ne reproche jamais l’activité syndicale… Les « 10 de Renault » ont été licenciés, poursuivis et condamnés. La Cour de cassation a confirmé leur licenciement.

C’est aussi dans les années 1980 que la déconstruction du droit du travail a commencé…

MARIE-LAURE DUFRESNE-CASTETS La déconstruction du droit du travail ne date effectivement pas des ordonnances Macron. Depuis les années 1980 et les lois Auroux, sont apparus les accords dits dérogatoires. On a transformé la fonction des accords d’entreprise. Ceux-ci sont nés des accords de fin de conflit. Pour faire cesser la grève, on accorde des droits qu’on inscrit dans un accord, qui après fait la loi de l’entreprise. Les droits ont été acquis par la grève. Les accords d’entreprise étaient une institution solide. Jusqu’aux années 1980, les accords ne pouvaient qu’améliorer ou compléter la loi. Depuis les années 1980, la dérogation a commencé petitement. Maintenant, on est arrivé à une transformation. Avec les accords dits donnant-donnant, l’accord d’entreprise a été dénaturé. J’ai beaucoup plaidé contre les accords compétitivité Renault signés en 2013 et je plaide encore. Au prétexte du droit de l’emploi, avec ce gouvernement par la peur du chômage, on voit des salariés à qui on retire des quantités de droits : gel des salaires, temps de travail allongé, retrait des pauses, et des conditions de travail beaucoup plus dures. Au nom de l’emploi, ces accords Renault dits « de maintien dans l’emploi » ont réalisé la prouesse de faire partir 9 000 personnes, de supprimer 9 000 postes. Et dans le même temps on voit monter l’intérim. Des chaînes entières sont tenues par des intérimaires. On transforme l’emploi. On ne le défend pas. On précarise. Car les employeurs embauchent quand le carnet de commandes est plein. On agite juste le chiffon rouge de l’emploi comme prétexte pour abaisser les droits des travailleurs. Avec la rupture conventionnelle collective, on va toujours plus loin. Ce que je trouve rigolo, c’est que, pendant ce temps-là en Allemagne, les travailleurs de la métallurgie se battent pour les 28 heures hebdomadaires ! Avec Macron, on assiste à une destruction sur tous les plans : sur le terrain collectif avec la perte de toutes les petites garanties en matière de licenciement collectif, et sur le plan individuel avec le moins de recours possible. Et la barémisation des prud’hommes : on sécurise les employeurs pour qu’ils puissent faire ce qu’ils veulent. C’est comme dire à un voleur « quel que soit le vol que tu commets tu paieras 200 euros ». Du coup, vous pouvez voler 10 000 euros et ne risquer d’en payer que 200 ! C’est le prix de l’infraction !

Malgré les luttes qui continuent, des défaites, l’accroissement de la violence à l’égard de la classe ouvrière, vous dites « l’histoire n’est pas finie ». Pour vous, c’est l’heure d’agir ?

MARIE-LAURE DUFRESNE-CASTETS Les gens qui se battaient à la fin du XIXe siècle avaient des conditions qui n’étaient pas meilleures qu’aujourd’hui. Ils se sont battus et ont construit quelque chose. Je pense que ça va revenir. Aujourd’hui, pour l’instant, les idées de droite ont gagné. Mais qu’ils se disent bien que ce n’est qu’un instant. Le moyen, c’est que les gens prennent conscience. C’est vieux comme le monde. Je suis très classique dans mon raisonnement. Je suis une vieille marxiste classique. Dès que les gens prennent conscience de leur force, ils gagnent. Ces temps derniers, ça m’a fait plaisir de voir la victoire de ces personnes qui nettoyaient les trains à la gare du Nord. Elles ont compris que, quand elles s’arrêtent toutes, le patron est bien désemparé. Ce sont les travailleurs qui font la richesse. Si les travailleurs s’arrêtent, l’entreprise ne vit plus. C’est bête comme chou.

(1) Qui a notamment paralysé la Martinique pendant 38 jours.
La lutte des classes au tribunal

Après s’être lancée dans le droit de la propriété intellectuelle, Marie-Laure Dufresne-Castets découvre le droit social, qui la passionne. L’avocate, qui a travaillé principalement avec la CGT, raconte ses batailles contre la montée du libéralisme, la sauvagerie « qui gagne chaque jour du terrain », la novlangue qui contamine l’opinion dans Un monde à gagner (Don Quichotte éditions, 283 pages, 18,90 euros).

Journaliste, rubrique social

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Malentendu ou pas ?

Posté par jacques LAUPIES le 13 janvier 2018

 

Dire qu’il y a un malentendu entre les deux façons d’exposer  la position concernant les violences faites aux femmes n’est pas aussi simple d’autant que l’on prête à chacun des deux « camps » qui s’affronte une vision radicale.

Concernant les problèmes de la sexualité et son rapport avec la violence ou simplement avec les morales du moment, il y a comme en beaucoup de domaines à faire le tri entre l’essentiel progressiste qu’il faut renforcer, instituer, protéger par la loi tout en garantissant des libertés de rapports librement consentis qui sont, il faut en  convenir, difficiles à définir tant ils  sont complexes et particuliers et intimes.

D’où s’impose  une grande prudence et pas de précipitation pour élaborer des règles. Mais un impératif : faire en sorte que cesse l’innommable auquel on assiste et qui effectivement « globalement » met des millions de femmes en danger dans le monde.

Bien entendu il n’est évidemment pas concevable que l’on attende que la société d’exploitation, de domination patriarcale, disparaisse pour  que les êtres les plus vulnérables soient mis à l’abri et chaque lutte allant dans ce sens doit donc  être soutenue mais n’oublions pas qu’il faut arracher à la soumission économique, politique et du coup psychologique l’ensemble de cette humanité qui se cherche.

A entendre les uns et les autres il semblerait que certains quel que soit leur camp occultent cela.

Je vous recommande l’article ci dessous qui fait réfléchir  sans trop de manichéisme. 

 

Apprendre aux filles à courber l’échine ? !

 

Vendredi, 12 Janvier, 2018
L’Humanité
Action contre les violences faites aux femmes, le 24 novembre 2017, à Paris. Photo : Alain Jocard/AFP

Action contre les violences faites aux femmes, le 24 novembre 2017, à Paris. Photo : Alain Jocard/AFP

La tribune réactionnaire de cent femmes dans leur tour d’ivoire. Par Caroline Bréhat Psychopraticienne (1) et Thibaud Leclech Psychanalyste.

Étrange contrée que la France. Alors que le discours progressiste d’Oprah Winfrey à la remise des golden globes, diffusé par les médias mondiaux, est encensé pour son appui à la campagne « Me Too », « 100 femmes » françaises font publier, dans le Monde du 9 janvier 2018, une « tribune » réactionnaire, pour le droit « d’être importunées par des hommes », un droit perçu par elles comme « indispensable à la liberté sexuelle ».

L’article et la personnalité de certaines de ses coauteures (une ancienne actrice porno, une actrice iconique qui défend mordicus ce réalisateur, violeur d’une enfant de 13 ans, une écrivaine qui a fait scandale pour avoir livré en détail sa vie sexuelle, notamment ses partouzes, et qui déclare sur France Culture « je regrette de ne pas avoir été violée, je pourrais témoigner qu’on s’en sort ») pourraient faire sourire si la tribune n’était pas révélatrice d’un climat sexuel consternant en France et ne signait une profonde régression des droits des femmes. Car, la portée symbolique de cette publication n’échappe à personne : c’est le Monde qui publia dans ses colonnes ,il y a bientôt cinquante ans, le « Manifeste des 343 salopes », alors que se discutait la loi Veil sur l’avortement. Simone Veil et Simone de Beauvoir sont bien mortes et enterrées.

La charge est rude, les mots sont forts, martelés avec une mâle assurance. La remise en cause serait, selon les « 100 femmes » rien de moins que « puritanisme, délation, mise en accusation sauvage (sans droit à la défense), fièvre moralisatrice, élan totalitaire, vague purificatoire, censure, révisionnisme, ridicule, atteinte à la liberté sexuelle, à la liberté artistique, à la liberté tout court, monolithisme, morale victorienne, exagération des traumas subis, enfermement dans un rôle, intimidation, culpabilisation », etc. Et quand elles dénoncent comme elles le font les abus dont elles sont victimes, ce sont les femmes qui « abusent » ! Cette inversion des responsabilités et des culpabilités, qui fait qu’une femme l’a bien cherché quand elle est agressée, et qu’il y a toujours une bonne raison de ne pas entendre sa plainte,  est  un  grand classique…

En fait de retournements délétères (« pervertere » en latin), nous avons ici affaire à un florilège : l’agresseur dénoncé devient une victime, celle qui dénonce devient une harceleuse, c’est aux filles qu’il faut apprendre à courber l’échine, et non les garçons qu’il faut éduquer à se « tenir », car la pulsion brute est respectable, alors que l’interdit est puritain…

Il serait intéressant de tracer le périmètre géographique où résident et officient les signataires de cette tribune, et de dessiner leur profil socioculturel et économique. Que connaissent donc ces habitantes des quartiers résidentiels parisiens des « frottements » imposés aux femmes dans le métro ? De leurs « pulsions sexuelles par nature sauvages et offensives » ? Que savent-elles donc du vécu des femmes dans nos cités et nos campagnes ?

Reste une question, qui doit effectivement faire débat, avant que des réponses aussi irresponsables y soient apportées : comment définir la limite entre « désir et velléité de séduction » (quels que soient l’âge et le sexe, et qu’il ne s’agit évidemment pas d’interdire) et « intrusion », ou « effraction », ou  « agression ». Car, oui, on pourra gloser longuement sur ce qui est considéré ou non comme un délit, la question est bien le vécu subjectif douloureux de la femme, et souvent de la fillette, soumises à ces « élans » masculins…

L’affirmation la plus révoltante de cette « tribune » arrive en conclusion, quand quelques-unes se revendiquent « mamans », et nous expliquent qu’il faut préparer les filles à subir sans s’en formaliser ces agressions, et non interdire aux garçons de les commettre… « Boys will be boys » (« and girls are cute » ?), disent les Anglo-Saxons, les gars ont des pulsions incontrôlables, il faut juste que les filles agressées arrêtent d’être des pimbêches, enfin, et se blindent ! Sans doute, cela leur inculque ce que sera leur « liberté sexuelle »…

Or le blindage nécessaire pour parer à la violence de l’agression n’est pas le même hélas, selon que vous soyez puissant ou misérable : pour une main sur le genou de Catherine, pour un éditeur inquiet qui tance sa diva, pour une analyste qui se souvient de ses 20 ans, il y a mille femmes, chaque année, qui sont violées, dont les os et les dents sont brisés pour avoir tenté de résister à une « séduction insistante », dont la parole est niée, et qu’on culpabilise encore, au nom des idées qui sont portées dans cette pathétique « tribune »…

Revenons-y : le monde n’est plus, hélas, celui des 20 ans d’une Catherine Deneuve, d’une Catherine Millet ou d’une Brigitte Lahaie : il est hyperviolent, les interdits y sont devenus flous, les jeunes hommes sont biberonnés à la pornographie. Ainsi, la « galanterie » n’est plus gratuite (elle se paye d’une pipe), l’amour n’est plus l’amour (il se prouve par l’acceptation de la sodomie), et une femme qui résiste à un désir immédiat n’est pas respectable : on le voit de plus en plus, elle se prend des coups, c’est-à-dire des fractures, ou de l’acide, ou un viol.

Le monde qui nous est décrit ici et ses valeurs, telles qu’elles sont défendues, sont complètement déconnectés de toute réalité. Il est totalement paradoxal, il faut le redire, que quelques vieilles bourgeoises osent faire la leçon aux milliers de femmes légitimement révoltées qui dénoncent les dérives, d’une sévérité renouvelée, des hommes envers elles. Il est surtout douloureux de voir l’attaque venir de ce côté : la sororité reste à construire.

 
(1) Auteure de Mauvais Père et J’ai aimé un manipulateur, publiés aux Arènes.
« liberté d’importuner » ?

Dans la tribune publiée dans le Monde, un collectif de 100 femmes indique : « Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle ». Et de s’en prendre à un féminisme qui exprime une « haine des hommes » et à un « puritanisme » qui emprunte « les arguments de la protection des femmes et de leur émancipation pour mieux les enchaîner à un statut d’éternelles victimes, de pauvres petites choses sous l’emprise de phallocrates démons, comme au bon vieux temps de la sorcellerie ».

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Chine. Macron lance la France sur les nouvelles routes de la soie

Posté par jacques LAUPIES le 12 janvier 2018

 

Lina Sankari
Jeudi, 11 Janvier, 2018
L’Humanité
Emmanuel Macron et son homologue chinois, Xi Jinping, à Pékin, mardi. La France entend profiter de ce nouveau contexte pour faire valoir ses atouts. Mark Schiefelbein/Pool/AFP<br />

Emmanuel Macron et son homologue chinois, Xi Jinping, à Pékin, mardi. La France entend profiter de ce nouveau contexte pour faire valoir ses atouts. Mark Schiefelbein/Pool/AFP
 

En visite, le président français s’était donné pour mission de regagner la confiance de Pékin. Paris est désormais perçu comme un allié diplomatique de poids dans la résolution des crises et la construction d’un autre multilatéralisme.

La route de la soie parle visiblement à l’imaginaire d’Emmanuel Macron. Le président français, qui clôturait, hier, une visite de trois jours en Chine, a compris comment parler à son homologue chinois afin d’effacer définitivement la part de défiance héritée des années Sarkozy et de pousser plus avant une relation essentiellement pensée sous l’angle économique par François Hollande. Lundi, au palais Daminggong de Xi’an, ancienne capitale de l’empire et point de départ des anciennes routes de la soie, le président a commencé par une longue évocation de la « Chine des marchands », « des inventeurs », « des guerriers » et des poètes tout en ponctuant son discours de références à Marguerite Yourcenar, Paul Claudel et Saint-John Perse, dont on n’avait plus entendu parler depuis Dominique de Villepin. Selon Barthélémy Courmont, directeur de recherche à l’Iris, « la France est perçue comme une tête de pont diplomatique entre la Chine et l’Europe. Aux yeux de Pékin, l’atout de Paris est d’être membre du Conseil de sécurité des Nations unies, quand Berlin présente essentiellement des avantages économico-commerciaux sans possibilité de peser diplomatiquement ».

Une commande de 184 Airbus A320…

Puissance moyenne longtemps délaissée, la France suscite un regain d’intérêt depuis le Brexit. En quête de gages concrets, la deuxième puissance mondiale attendait un certain nombre de réponses de la part de la France. Notamment en ce qui concerne son projet de routes de la soie, sur lequel François Hollande n’a jamais souhaité s’engager. « Le positionnement de la France est désormais beaucoup plus clair avec une volonté marquée de s’associer à cette initiative. Emmanuel Macron a également formulé une demande de transparence de la part de la Chine et insisté sur le principe de réciprocité », explique encore Barthélémy Courmont. La France entend profiter de ce nouveau contexte pour faire valoir ses atouts et pousser les projets communs dans les domaines du numérique, de la transition énergétique, de l’industrie ou de la culture face à une Chine certes puissante, mais dont l’émergence suscite toujours des inquiétudes et dont le développement n’est pas achevé.

Sur le plan économique, Pékin a commandé 184 Airbus A320 et devrait signer dans trois mois un accord pour la fourniture d’une usine de retraitement des déchets nucléaires à un prix toutefois dévalué. Ne pouvant rivaliser avec Donald Trump, qui brandissait, en novembre dernier, un nombre spectaculaire de contrats, l’Élysée s’est démarqué en faisant prévaloir une approche multilatérale dont souhaite tant se dégager le locataire de la Maison-Blanche. Désireuse de refonder le système international hérité de l’après-guerre, la Chine a trouvé une oreille attentive auprès du président français, qui a assuré que les règles « écrites par l’Occident (…) ne sont pas, ne peuvent pas être gravées dans le marbre de l’éternité ».

Une main tendue sur la lutte contre le réchauffement climatique

Ainsi, Emmanuel Macron a-t-il tendu la main à Xi Jinping sur la lutte contre le réchauffement climatique et la résolution des crises syrienne et coréenne. Sur ce dernier point, Paris n’a jamais validé le plan sino-russe de double gel des essais nucléaires et des exercices militaires conjoints états-unien et sud-coréen. « La perte d’influence des États-Unis, qui ne fait que se confirmer avec la rencontre intercoréenne et le changement de ton à Séoul et Pyongyang, crée un contexte propice à un engagement plus fort des diplomaties européenne et française. Il y a des attentes vis-à-vis de la France en tant que puissance du groupe P5+1 (à l’origine de l’accord avec l’Iran sur le programme nucléaire – NDLR) », souligne encore Barthélémy Courmont.

En termes de coopération, la Chine et la France ont également insisté sur la signature d’un accord entre l’Agence française de développement et la China Development Bank qui traduit, selon Emmanuel Macron, un « renouvellement des méthodes ». « La France a l’expérience d’un impérialisme unilatéral en Afrique qui a parfois conduit au pire », a-t-il expliqué, faisant valoir que le partenariat entre Pékin et Paris pouvait permettre de ne pas « répéter ces erreurs », sans toutefois renoncer à une présence dont Emmanuel Macron peine pour l’heure à redessiner les contours.

rubrique internationale

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L’extension du champ législatif peut simplifier ou compliquer la tâche des juges. C’est selon, mais la liberté n’est pas pour autant gagnante..

Posté par jacques LAUPIES le 11 janvier 2018

 

Les débats sur le thème  des excès de nouvelles législations par le pouvoir prennent le pas sur les sujets mêmes qui les provoquent.

 

ll y a les citoyens qui ne veulent pas de nouvelles lois, arguant qu’il vaudrait mieux faire respecter celles qui existent, ceux qui les contestent carrément les jugeant inutiles et inappropriées, ceux enfin qui nous les proposent en guise de solution à de réels problèmes de société.

 

Une loi aboutit, pour celui qui est supposé ne pas la respecter, à subir un procès et s’il est coupable  à une punition. Autrement dit à une répression ! Et, ce qui est très grave, en cas d’innocence, de fait à une perte d’honorabilité et à la suspicion générale.

 

Bien d’évidemment il  faut des règles  pour vivre en société et les  faire respecter mais on est en droit de se  poser la question : sont elles en conformité avec notre liberté, notre droit face à des besoins légitimes dès lors que nous ne portons pas atteinte à la liberté des autres ?

 

On nous rétorquera que si nous mettons, par notre comportement, en danger la vie d’autrui, sa propriété, son intégrité, cela est intolérable. En raisonnant ainsi nous instaurons en permanence une situation de transgression et nous avons à identifier qui fait tort à l’autre à tout propos. Ce qui nous oblige à examiner les lois avec toutes sortes de considérations liées à nos rapports sociaux, nos cultures, ns modes de vie, etc.

 

Quand on légifère pour ramener à 80 km heure la vitesse maximale sur les routes à voies de direction opposées et non séparées nul doute que l’on peut réduire les risques d’accidents mais demeure le fait que toutes les routes n’ont pas la même qualité, que des fous du volant demeurent et que des alcoolisés ou drogués n’en auront cure. Et celui qui va se trouver en infraction  peut fort bien être un conducteur prudent qui aura simplement oublié un instant de regarder son compteur.

 

Quand on veut imposer le respect des individus sur le plan sexuel, et pas seulement des femmes, face à l’agression sexuelle, là aussi il faut s’interroger sur l’état des mentalités, de leurs origines, des éducations dispensées dans la famille, à l’école et des informations, des modèles exposés à tour de bras, sans compter de l’existence des pornographies de toutes sortes. Sans oublier les comportements de séduction des uns et des autres : ceux qui s’exposent comme des objets et ceux qui se considèrent de fait comme des prédateurs de droit  naturel. 

 

Les violences, parfois justifiées par des considérations culturelles, religieuses ou par simple pouvoir hiérarchique, souvent d’ordre économique, sont  évidemment à bannir et à combattre. Qui peut dire le contraire ?

 

Toutes les délinquances ont pour fondement une frustration. Qu’elles soient d’origine extérieure ou intérieure ou des deux à la fois, il y a bien une part de fondement social à leur existence !

 

On n’en a pas fini avec le vol et point n’est besoin d’en donner les différentes motivations et formes pour le juger, le condamner et le punir mais entre l’adolescent d’une famille pauvre et le riche exerçant la spoliation en toute légalité il y a tout un panel d’actes délictuels qui font que le premier, s’il récidive pour un petit larcin entrera dans un processus de sanctions destructrices et l’autre se verra un jour gratifié d’un légion d’honneur !

 

Si la loi accorde au juge ne marge d’appréciation – que  tentent de lui ôter certains législateurs – c’est pour lui laisser une marge d’appréciation en fonction de la personnalité du prévenu, des circonstances dans lesquelles il aura transgressé

 

L’extension du champ législatif peut simplifier ou compliquer la tâche des juges. C’est selon mais la liberté n’est pas pour autant gagnante. .N’oublions pas que notre société est une société de classes dont les intérêts divergent !

 

 

« Celui qui obéit à la loi ne se sent pas juste pour autant. Au contraire il se sent coupable, il est d’avance coupable et d’autant plus coupable qu’il obéit plus. » (Gilles Deleuze)

 

 

Éditorial. Confusion des genres

 

Par Maud Vergnol
Mercredi, 10 Janvier, 2018
L’Humanité

Mariama ne sera pas enterrée dans les pages « faits divers ». Une marche silencieuse parcourra Montreuil aujourd’hui pour rendre hommage à la jeune femme assassinée par son conjoint le 29 décembre. Son nom vient s’ajouter au décompte macabre des féminicides commis en France, où une femme meurt tous les trois jours sous les coups d’un homme. Ces violences n’épargnent aucun milieu, aucune génération, aucune nationalité, aucune religion. Le calvaire de Mariama, victime d’un mariage forcé, est tristement emblématique de la spirale infernale des rapports de domination. Au bout de la chaîne : des maris, des conjoints, des amants qui considèrent avoir droit de vie ou de mort sur « leur » femme. Un assassinat n’est pas un « drame conjugal ». Encore moins un « crime passionnel ».

La lutte contre le sexisme a besoin d’une révolution du langage et des représentations. Non, l’emploi du mot « féminicide » n’est pas la dernière lubie d’une poignée d’hystériques. Inscrit en lettres rouges sur les Abribus ou le sol des parcours de manifestations, il a fait son apparition, ces dernières années, grâce aux associations féministes qui plaident en faveur d’une reconnaissance légale du féminicide. Près de 20 pays l’ont déjà intégré dans leur législation, permettant non seulement de rendre visible un fléau trop longtemps enfermé dans la sphère privée, mais aussi d’adapter les politiques publiques à ce phénomène systémique.

En France, une première étape a été franchie avec l’introduction récente d’une circonstance aggravante dans le Code pénal. Bien sûr, ces avancées, même considérables, ne permettront pas à elles seules de s’attaquer à l’ensemble des mécanismes sociaux qui engendrent les violences faites aux femmes. La récente campagne de pub initiée à Béziers, tournant en dérision un féminicide, a rappelé la banalisation de ces violences dans l’espace public, distillant dans l’inconscient collectif que le corps des femmes est un objet qu’on peut brutaliser. Une femme qu’on peut défenestrer. Violences symboliques, violences physiques : ne rien laisser passer.

L'extension du champ législatif peut simplifier ou compliquer la tâche des juges. C'est selon, mais la liberté n'est pas pour autant gagnante..

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Investir dans le rail : c’est aussi l’affaire des usagers et des cheminots !

Posté par jacques LAUPIES le 10 janvier 2018

SNCF. 2018, année à hauts risques pour le rail

 

Clotilde Mathieu
Mardi, 9 Janvier, 2018
L’Humanité
Pour la CGT, le gouvernement utilise les dysfonctionnements comme prétexte pour<br /><br /><br />
en «	finir avec le train public	». Charles Platiau/Reuters<br /><br /><br />

Pour la CGT, le gouvernement utilise les dysfonctionnements comme prétexte pour en « finir avec le train public ». Charles Platiau/Reuters
 

Ouverture à la concurrence, dette, dysfonctionnements, suppression de postes à la SNCF… tandis que la ministre demande un audit, la CGT organise la mobilisation.

Hier, à la sortie de la « réunion de travail » entre la ministre des Transports et les dirigeants de SNCF Mobilités et SNCF Réseau, convoqués à la suite des dysfonctionnements à répétition qui ont affecté les gares parisiennes en décembre, Élisabeth Borne a demandé deux choses. À Guillaume Pepy, PDG de la première entreprise, un audit technique sur des grandes gares françaises qui devra être finalisé fin mars ainsi que des « propositions d’actions, notamment sur les investissements prioritaires dans ces grandes gares, proposées pour fin avril 2018 ». À Patrick Jeantet, dirigeant de la seconde, le lancement d’un « diagnostic complet sur l’ensemble des systèmes d’alimentation électrique, de signalisation et sur les postes informatiques de toutes les grandes gares parisiennes (…) ainsi que sur les principales gares en région ». Un « enfumage » pour la CGT, qui voit dans cette séquence « le nouvel acte d’une pièce de théâtre du genre vaudeville ». Car, explique Cédric Robert, responsable de la communication de la CGT cheminots, « l’objectif n’est autre que de créer un environnement propice à la stigmatisation de la SNCF, des cheminots et de leur statut, et de pousser encore plus loin l’ouverture à la concurrence », en attendant le rapport confié à l’ancien patron d’Air France, Jean-Cyril Spinetta. Celui-ci, qui doit être rendu fin janvier, a pour mission de définir « l’avenir du modèle ferroviaire français » qui fera ensuite l’objet d’une loi d’orientation des mobilités promise pour avril. « Les conclusions seront sans surprise », assure la CGT, qui craint que le gouvernement se serve des dysfonctionnements pour en « finir avec le train public ». Et appelle « tous les cheminots, les associations d’usagers, les usagers eux-mêmes, ainsi que toutes celles et tous ceux qui souhaitent défendre un service public ferroviaire de qualité » à participer à une grande journée de manifestation, le 8 février à Paris. Car, précise le syndicat, « il s’agit d’ouvrir un véritable débat public ». Le gouvernement prépare une nouvelle ouverture à la concurrence des TER. Or, l’entrée de nouveaux acteurs sur un réseau « déjà en difficulté, complexe et saturé, ne présage pas de futures améliorations du service », assure Cédric Robert.

Depuis dix ans, 30 000 postes ont été détruits

D’autant que la réduction de la masse salariale et le développement de la sous-traitance vont se poursuivre. Depuis dix ans, 30 000 postes ont été détruits, précise le syndicaliste. La SNCF prévoit d’en supprimer 2 000 l’an prochain. Les salaires des cheminots sont gelés depuis quatre ans. Des « efforts », explique la direction, qui ont permis une envolée des bénéfices cette année, note les Échos. S’il est difficile d’avancer des chiffres de résultat net à un mois et demi de la clôture des comptes, le quotidien économique estime que la marge opérationnelle, qui permet de mesurer la rentabilité d’une entreprise, devrait être de 2,6 milliards d’euros pour SNCF Mobilités, contre 2,28 milliards en 2016. Des choix qui « expliquent une très grande part des problèmes », a jugé Philippe Martinez, hier matin sur France Info. Le secrétaire général de la CGT propose « d’embaucher, parce qu’on a perdu des métiers dans tous les domaines ». Dans la maintenance, en 2017, la moitié des travaux ont été sous-traités, note Cédric Robert. « Tout cela a un coût », affirme-t-il, avant de rappeler que la réforme de 2014 – qui a éclaté la SNCF en trois Epic distincts : SNCF (Epic de tête), SNCF Réseau, SNCF Mobilités, pour soi-disant permettre une ­réduction de la dette – a eu comme effet d’accentuer les difficultés en rendant « plus complexes les relations entre les différents services de l’entreprise ». Quant à la dette, celle-ci n’a fait que gonfler et dépasse désormais les 40 milliards d’euros. Elle devrait même atteindre 63 milliards en 2026, si l’on en croit le contrat de performance pluriannuel signé récemment avec l’État. Un passif que l’État a promis de reprendre en échange d’une réforme du statut des cheminots et surtout d’une remise en cause de leur régime de retraite.

Journaliste à la rubrique social-économie

Didier Le Reste : « Arrêtons de subventionner la route, investissons dans le rail »

Entretien réalisé par Kareen Janselme
Lundi, 8 Janvier, 2018
L’Humanité
Didier Le Reste<br /><br /><br />
Président de la Convergence nationale rail<br /><br /><br />

Didier Le Reste Président de la Convergence nationale rail
 

La ministre des Transports convoque les patrons de la SNCF aujourd’hui pour réorienter leur politique. Une opération com, dénonce Didier Le Reste.

La convocation de la direction de la SNCF par la ministre des Transports, Élisabeth Borne, annonce-t-elle une réorientation de la stratégie de la SNCF par l’État ?

Didier Le reste La forme prend le pas sur le fond. Convoquer de façon théâtralisée les dirigeants de la SNCF, pour qu’ils ­expliquent les raisons des dysfonctionnements, ­relève pour moi de la communication. La ministre des Transports, Élisabeth Borne, est bien placée pour savoir les maux dont souffre le service public ferroviaire, après avoir été directrice de la stratégie de la SNCF avec Guillaume Pepy. Aujourd’hui, l’ensemble de ces dysfonctionnements, qui affectent la qualité du service et irritent de plus en plus les usagers, sont la résultante du désengagement financier de l’État.

La France ne finance qu’à hauteur de 32 % les infrastructures ferroviaires, pour 50 % en Allemagne et 90 % en Suède. Il s’agit de choix politiques qui portent un choix de société. C’est l’État qui a décidé la LGV (ligne à grande vitesse), lancé le TGV et n’a rien financé.

Le système ferroviaire français ­détient au global une dette de 53 milliards d’euros. La SNCF n’a qu’une dette d’exploitation de 8 milliards. La responsabilité incombe à l’État. Il n’est pas normal que Macron dise qu’il veut bien réduire la dette si on touche au statut des cheminots. Ce ne sont pas eux les responsables.

Élisabeth Borne affirme aujourd’hui « ma priorité, c’est le ferroviaire » et en même temps considère la route « indispensable » dans « certaines zones en France ». N’est-ce pas contradictoire ?

Didier Le reste La SNCF est composée de près de 1 200 filiales et sous-filiales. Élisabeth Borne ne peut méconnaître que la SNCF est le premier transporteur routier privé de France. Avec l’argent public, on développe la route ! Le routier, c’est 14 à 15 milliards d’euros par an. C’est le mode de transport le plus subventionné. La concurrence déloyale s’est accélérée, avec l’augmentation des péages pour le train, l’autorisation de circulation des 44 tonnes, puis la suppression de l’écotaxe, les cars ­Macron… Aujourd’hui, trois opérateurs se partagent le gâteau, dont la filiale SNCF Ouibus, qui vit sous perfusion. La finalité de ces politiques-là est de construire un mastodonte des transports et de la logistique privée dont la part congrue sera le train. Dans la COP21, le plan Hulot, les assises de la mobilité, les transports ont été peu traités et surtout pas le rail public.

Quand on évoque la mobilité, on parle covoiturage, applications numériques, vélo… mais pas de transport de masse. Il faut arrêter l’enfumage et réorienter l’utilisation de fonds publics pour réinvestir des réseaux ferrés nationaux.

Une loi d’orientation de la mobilité intérieure est prévue pour 2018. Comment pensez-vous peser sur son contenu ?

Didier Le reste La Convergence nationale rail (CNR) a été reçue par Jean-Cyril Spinetta, qui doit rendre un rapport sur le service public ferroviaire fin janvier, dans le cadre de l’ouverture du marché à la concurrence. Depuis 2006, la concurrence est ouverte sur le transport des marchandises par le rail : c’est une catastrophe.

Nous transportons moins de marchandises qu’en 2000. Nous avons fermé plus de 400 gares de fret. Depuis 2009, les cheminots dédiés au transport de marchandises sont passés de 15 000 à 7 000. La CNR a écrit un manifeste très consistant, très politique, pour un rail au service du développement durable, de l’intérêt général. Nous demandons aussi une enquête parlementaire pour que l’entreprise publique puisse rendre des comptes.

Journaliste, rubrique social

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