Liberté sur le net : vigilance s’impose face aux intentions du pouvoir macronien !

Posté par jacques LAUPIES le 4 janvier 2018

 

 

Même complètement sous la coupe de l’argent les médias ne satisfont pas les cercles de pouvoirs : pouvoir des actionnaires des grandes firmes, pouvoir des politiques à leur service, pouvoir d’un noyau de journalistes et autres intervenants qui véhiculent cette pensée unique, notamment sur le plan économique et social.

A tel point que nous les voyons venir avec leurs grands sabots pour vanter la politique gouvernementale qu’inspire Macron et ceux qui poussent son char.

Et je te présente des chefs d’entreprise dont on vante la réussite grâce aux mesures concernant les cotisations sociales. Et j’interroge des citoyens heureux du cocufiage électoral. Et je commente favorablement la démolition du code du travail. Et j’annonce la reprise  économique. Etc.

On y est habitué et ce n’est pas d’aujourd’hui que cela date. Mais cela ne suffit pas, le bourrage est insuffisant. Trop de journalistes honnêtes respectueux des règles déontologiques de leur profession, évoquent directement ou par l’intermédiaire d’invités même triés sur le volet, des sujets dérangeants pour les tenants du système capitaliste ; responsabilité de la dette, fraudes fiscales, dénonciation des cadeaux fait aux patronat et aux riches en général.

Evidemment les assertions mensongères sur internet par des irresponsables sont une préoccupation. Elles portent atteinte à la réalité des faits, à tous ceux qui son victimes de ces falsifications.

Mais il existe des recours possible, que l’on peut sans doute améliorer, pour rappeler que l’on n’a pas le droit de véhiculer des informations non fondées et  visant à nuire mais il est à parier que ce n’est pas l’intention du pouvoir actuel qui se désole de perdre un peu plus d’influence. Une influence qu’il perd à cause de sa politique qui frappe les directement les couches populaires et non ce que peuvent dire des citoyens trop heureux de se défouler sur le net ! 

Quant à ceux qui usent de relatives facilités qu’offre la toile pour s’exprimer – ce que nous faisons – sur la vie politique de leur pays, ils ont tout intérêt à être vigilants

 

 

 

pour renforcer le contrôle de l’information

M.V.
Mercredi, 3 Janvier, 2018
Humanite.fr
Liberté sur le net : vigilance s'impose face aux intentions du pouvoir macronien !

Photo Ludovic Marin/AFP

Le Président de la République a renoué mercredi soir avec la tradition des vœux à la presse, abandonnée il y a quatre ans sous François Hollande. Un discours de 35 minutes sans conférence de presse, où les journalistes n’ont donc pas eu le droit à la parole.

Très critiqué par la profession pour la rareté de sa parole dans la presse française, alors qu’il n’a pas hésité de l’Etat n’a pas hésité à participer à l’affligeante émission de Cyril Hanouna, le 20 décembre dernier, Emmanuel Macron s’est d’abord livré à une défense de la liberté de la presse. « Ce n’est pas une liberté spéciale, elle est la plus haute expression de la liberté » a-t’il affirmé, avant de citer les journalistes tués ou emprisonnés à travers le monde pour avoir fait leur métier. Déminant le terrain de sa rencontre, vendredi, avec son homologue turque Recep Tayyip Erdogan, Emmanuel Macron a réaffirmé son intention d’aborder le sujet de l’emprisonnement des journalistes en Turquie. « La France ne doit pas renoncer à dialoguer avec les régimes autoritaires » a fait valoir le président, avant de consacrer un long moment aux « fake-news », ces fausses nouvelles propagées sur internet. « Nous allons faire évoluer notre dispositif pour protéger la vie démocratique » a –t-il annoncé, annonçant un projet de loi pour renforcer le contrôle de l’information sur Internet. 
Tout en réaffirmant son attachement au pluralisme de la presse, Le président de la République a effleuré les difficultés économiques de la presse écrite, sans donner plus de détails sur ce qu’il nomme un « système médiatique en pleine recomposition ». Il a également évoqué « les conflits d’intérêts possibles entre actionnaires et rédactions », menaçant l’indépendance de la presse. Sans remettre en cause la concentration des médias, il faudrait simplement selon lui « réfléchir à un système de fondation  entre actionnaires et rédactions » pour « institutionnaliser cette indépendance ». 
Il a enfin confirmé un projet de loi sur l’audiovisuel public « avant la fin de l’année ». Après les propos insultants prêtés au chef de l’Etat contre le service public audiovisuel (« la honte de la République »), Emmanuel Macron a estimé hier qu’il « est un miroir tendu à la nation et doit viser l’excellence pour tous ». Les pistes du rapport confidentiel du ministère de la culture, que l’humanité avait révélé le 13 novembre, laisse présager un immense plan d’austérité, qui pourrait fragiliser sérieusement le service public de l’information.

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Jésus notre pote !

Posté par jacques LAUPIES le 3 janvier 2018

Inventé ou pas qu’importe : Jésus est un produit social comme nous le sommes tous.

En dehors des sornettes concernant la virginité de Marie, ses miracles et sa résurrection, destinés probablement à endormir les fidèles pour en faire un être supérieur envoyé par Dieu pour nous sauver, il reste la possibilité que cet homme ait existé et inspiré par son « talent » tous ceux qu’il a côtoyés.

Comme tant d’autres hommes célèbres il aurait marqué une époque ou la pensée de l’humanité avait suffisamment progressé pour qu’il en retire des préceptes concernant la justice, la paix.

Pourquoi pas ?

 

Jean Mouttapa : « Jésus était d’abord et avant tout subversif et provoquant »

 

Entretien réalisé par Stéphane Aubouard
Vendredi, 29 Décembre, 2017
L’Humanité
<a title="Jésus Christ, peinture de sir Anthony van Dyck. SuperStock/Leemage<br /><br />
() » href= »https://www.humanite.fr/sites/default/files/images/54615.HR.jpg »><img title="" alt="Jésus Christ, peinture de sir Anthony van Dyck. SuperStock/Leemage<br /><br />
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Jésus Christ, peinture de sir Anthony van Dyck. SuperStock/Leemage
 

Pour la première fois en France, une encyclopédie retrace la vie du fondateur du christianisme. Jean Mouttapa, directeur du département spiritualités des éditions Albin Michel, insiste sur l’historicité et la modernité de l’homme.

Dans cet ouvrage Jésus : l’encyclopédie  (1), vous avez laissé une place à l’aspect subversif du personnage.

Jean Mouttapa Dans plusieurs chapitres : « Jésus et les puissants », « Jésus et les riches », « Jésus et Rome », nous parlons de l’homme d’action et de la personne publique, pas seulement de Jésus-Christ. Si l’on s’attache aux Évangiles eux-mêmes et qu’on les lit pour ce qu’ils sont et non pas pour ce que l’Église en a dit par la suite, on s’aperçoit que c’est d’une subversion invraisemblable. Même sur le plan moral. Un de nos chapitres a failli être intitulé : « Y a-t-il une morale chrétienne ? » Nous ne l’avons pas fait. Mais la réponse est sans ambiguïté : il n’y a pas de morale chrétienne ! Jésus n’est pas un législateur, ce n’est pas Moïse. Il ne donne pas de règles de vie. Il donne l’exemple d’une certaine attitude dans la vie qui est une forme d’absolu en rapport à la culture juive – et qui d’ailleurs peut être critiqué ou critiquable, notamment sur l’acte d’amour absolu qui, à bien des égards, nous est impossible et relève pour beaucoup de l’idéalisme et de l’utopie. J’invite à relire ces Évangiles dans leur acception première pour découvrir l’homme Jésus tel qu’il était dans sa réalité, à savoir subversif et provoquant. Par exemple, Jésus était beaucoup plus radical sur le plan de la famille nucléaire que le furent la grande majorité des penseurs et hommes politiques socialistes du siècle dernier, chez qui il y a un attachement très conservateur à l’idée de famille. Jésus est un électron libre, un libre-penseur. Il ne défend aucun dogme. Et comme le narre Dostoïevski dans les Frères Karamazov, s’il revenait aujourd’hui, il serait considéré comme fauteur de troubles et serait de nouveau condamné.

En quoi Jésus est-il d’actualité ?

Jean Mouttapa Il y a quelque chose d’unique dans cet homme, qui pour moi est essentiel, c’est l’attention qu’il porte non pas aux seuls pauvres mais à ceux qui sont marginalisés dans la totalité de leur être social, physique et psychique. Je pense aux aveugles, aux lépreux. La maladie, ou la différence, était jusqu’alors considérée comme une forme de malédiction parfois héréditaire. Jésus stoppe cette spirale. Il ne dit pas d’où vient le mal, il prend en charge le fardeau des plus faibles. C’est une dimension humaine nouvelle qui me paraît essentielle. À l’heure où l’on rejette par milliers sur les rivages de la Méditerranée des hommes et des femmes en quête d’une vie meilleure, Jésus serait allé à Lampedusa, comme François d’ailleurs l’a fait. Mais cela demande une certaine dose d’utopie. Le message de Jésus n’est pas de nous apprendre à gérer une société, et de trouver un modèle économique parfait, il nous dit : le Rom qui est là, regarde-le, si tu le regardes vraiment, ta vie et la sienne en seront changées.

Après tant de livres déjà écrits sur le sujet, quel intérêt aujourd’hui de publier une encyclopédie sur Jésus ?

Jean Mouttapa Il y a eu jusqu’ici, c’est vrai, une myriade d’ouvrages sur le thème. Le Jésus des chrétiens, celui des francs-maçons, celui des athées, des juifs, des musulmans. Nous avons pris le parti du Jésus historique. Ce livre est une synthèse des acquis de l’exégèse historico-critique sur les textes évangéliques. Des techniques de recherche ont fait leurs preuves pour évaluer ou identifier l’historicité de Jésus, basée sur la critique littéraire et la narratologie. Ces techniques qui amènent de nouvelles interprétations, ni les athées ni le public chrétien n’en ont vraiment connaissance. Cela change le regard sur un personnage qui, qu’on le veuille ou non, a révolutionné notre monde et notre temps.

Cette partie scientifique, supervisée majoritairement par des exégètes catholiques, revient notamment sur les manuscrits de Nag Hammadi en Haute-Égypte, trouvés en 1945 et pour certains très éloignés de la doxa vaticane…

Jean Mouttapa Certains de ces textes remettent en cause le célibat de Jésus, ou la virginité perpétuelle de Marie. Sur la famille de Jésus, des éléments linguistiques forts appuient la thèse de frères et de sœurs pour Jésus. Le choix de l’Évangile de Luc qui scande tout le livre n’est pas innocent non plus, car c’est le texte qui est le plus attentif aux femmes. Certainement pour des raisons pastorales mais pas seulement. Contrairement aux autres évangélistes, Luc propose des paraboles parallèles liées au monde féminin. La parabole du berger qui lâche son troupeau pour aller à la recherche de la brebis égarée a pour écho celle de la femme qui part à la recherche d’une drachme perdue dans sa maison. Ces textes ont énormément apporté à la figure moderne de Jésus. Les chercheurs ont pu l’étudier au travers d’éléments géographiques, sociologiques et économiques de la Galilée et de la Judée d’alors. Parler des apocryphes, c’est aussi rappeler aux catholiques et aux autres confessions chrétiennes que ce terme ne signifie pas « condamné » par telle ou telle église mais simplement « caché ».

(1) Jésus : l’encyclopédie, collectif sous la direction de Joseph Doré, 843 pages, 49 euros.
Carte blanche aux intellectuels

Jésus : l’encyclopédie a été rédigée sous la direction de l’ancien archevêque de Strasbourg, le théologien Joseph Doré, et coordonnée par Christine Pedotti, directrice déléguée de la rédaction de Témoignage chrétien. Mais l’ouvrage laisse la part belle aux non-chrétiens et aux athées. Un système de carte blanche cadence l’ensemble de l’ouvrage avec 27 contributions de philosophes, comme Edgar Morin, Marcel Gauchet, André Comte-Sponville, et écrivains, comme l’Israélien Amos Oz, ou encore la Franco-Algérienne Karima Berger.

Journaliste

 

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Leurs regards sur 2017

Posté par jacques LAUPIES le 2 janvier 2018

 

 

Vendredi, 29 Décembre, 2017
Humanite.fr
Leurs regards sur 2017

Ils sont militants politiques, syndicaux, associatifs, citoyens, lanceuse d’alerte ou historien. L’année 2017 les a bousculés, comme tant de Français, du point de vue politique et social, sociétal, des droits de l’homme… Parce qu’ils portent un regard particulier sur ces événements, l’Humanité leur a donné la parole.

 
Sandrine Rousseau. « La France a plus de difficultés que d’autres à entendre les femmes.»
Photo : Philippe Huguen/AFP<br />
Photo : Philippe Huguen/AFP

2017 vue par Sandrine Rousseau, militante écologiste contre les violences sexuelles.

« Je retiens avant tout de 2017 le mouvement de prise de parole des femmes pour dénoncer, mettre en lumière et combattre le harcèlement et les violences sexuelles. Nous n’avons pas connu non plus une révolution : la France a beaucoup de mal avec ce sujet. Elle a plus de difficultés que d’autres à entendre les femmes. Chez nous, 2017 n’aura pas vraiment le caractère historique qu’elle a déjà ailleurs sur cette question, comme aux États-Unis ou en Suède, qui ont évolué plus vite,  en quelques semaines. Nous sommes plutôt dans le cadre d’une avancée lente, en douceur… Notre pays a très peur  de la délation, qui renvoie  à l’idée de dénoncer quelqu’un qui ne doit pas l’être,  loin de ce qui a constitué  le mouvement de cette année :  la libération de la parole  des victimes. C’est très différent.  Il aurait fallu s’enthousiasmer davantage…

Je pense que ce pays ne voulait pas trop voir la vérité en face.  Il se comporte comme  si un secret de famille avait  été dévoilé : au milieu du tabou, des non-dits, des partis pris, certains appellent au silence, d’autres font semblant  d’être surpris, et certains  se rebellent. Reste que si les hommes n’ont pas assez bougé,  certains l’ont quand même  fait et pour la première fois,  nous nous posons vraiment  la question de l’importance  du harcèlement dans notre société. 2017 aura quoi qu’il arrive été marquée par l’impact que cela prend sur la vie  des femmes, et par l’ampleur  du nombre de femmes concernées, toutes générations confondues. »

 
Cédric Herrou. « L’État est devenu la terreur des faibles.»
Vendredi, 29 Décembre, 2017
L’Humanité
Photo : Valery Hache/AFP<br />

Photo : Valery Hache/AFP

2017 vue par Cédric Herrou, citoyen de la vallée de la Roya solidaire des migrants.

« Au cours de l’année, mon domicile est devenu une terre d’asile, “la terre de l’homme fou qui aide sans réfléchir”, disait Ousman, venu du Tchad. Seulement trois hectares de terre protégeant des hommes et des femmes poussés par la volonté de vivre. Un “camp” pour certains, une utopie pour d’autres. Le préfet n’est pas la justice, seule la justice peut entrer en propriété privée. Ici les Noirs pourchassés devenaient des hommes ayant des droits, et le préfet n’en voulait pas.

Cette terre de paix s’est transformée au fil des mois en camp retranché. Ce refuge s’est vu encerclé par les forces armées de l’État français. Jour et nuit, ils étaient des dizaines d’hommes à se relayer pour épier, surveiller, traquer. Sur les routes, les hommes armés ont encerclé le havre de paix, empêchant femmes, hommes et enfants d’accéder aux droits fondamentaux de notre République. L’État est devenu la terreur des faibles. Ici ce n’est plus la France. Ici c’est le Soudan, l’Érythrée, le Tchad, la Somalie, ici, c’est la Libye.

Ça fait peur parfois, surtout la nuit, quand on entend la porte grincer. C’est la nuit qu’on imagine le pire, les rêves font resurgir les émotions de la journée. Les pas du chat noir sur le parquet deviennent des pas de gros gaillards aux crânes rasés. Le bruit du vent dans les arbres devient une perquisition musclée. Le glapissement enroué du renard se transforme en hurlements d’une jeune femme perdue dans la forêt.

Nous étions comme des marins sur un bateau se battant contre le vent violent. Le bateau gîtait à la limite de dessaler :  vus du bateau nous avancions, vus de la terre nous reculions. Les courants nous trompaient. Deux mondes se battaient, le nôtre, sans arme ni violence, et celui orchestré par le préfet. Mais quand on n’a pas d’armes, on utilise ce qu’on a de plus fort en soi, le bon sens, l’amour  et la fraternité.

Briser le bateau d’un marin ne le tue pas, mais lui donne la rage. Pas la rage à laquelle vous pensez, celle qui rend le monde aigri, mais celle qui fait qu’on se sent en vie, celle qui donne envie de se battre pour l’amour de naviguer où bon nous semble.

En début d’année, ma volonté était que l’État prenne le relais, qu’il était de son devoir  de protéger toute personne  en danger. Puis les morts  à la frontière franco-italienne se sont banalisées, la police  et la justice sont devenues  les bras armés d’une politique dérivante et discriminante.  Le pas a été franchi,  je ne pourrai plus rien attendre de cet État, mais je garde confiance en vous, acteurs  de notre société. Que l’année 2018 soit l’année de convergence des luttes, pour que la France redevienne celle des droits des femmes et des hommes, pour  que la politique redevienne  au service du peuple.  Ne nous décourageons  pas, la lutte restera belle  tant que nous aurons confiance en elle. »

Jérôme Pimot. « Internet peut se transformer en arme pour clasher le “grand capital”…»

Vendredi, 29 Décembre, 2017
L’Humanité
Photo : Guillaume Clément
Vendredi, 29 Décembre, 2017
L’Humanité
Photo : Guillaume Clément

2017 vue par Jérôme Pimot, ex-livreur à vélo, autoentrepreneur, cofondateur du Clap.

« Si je dois retenir une chose de cette année, c’est l’éveil sociétal des réseaux sociaux dans la prise de conscience collective. On l’a constaté par la libération de la parole des femmes à la suite de l’affaire Weinstein ou les révélations d’agressions chez Uber (qui ont mené à son interdiction à Londres) en plus des révélations de Susan Fowler sur le sexisme quasi institutionnel chez les cadres du géant des VTC. Les gens semblent doucement comprendre qu’Internet ne sert pas qu’à consommer bêtement. Est-ce parce que je me suis intéressé très tôt “à ce truc”, Internet, mais quand il s’est agi de dénoncer l’escroquerie sociale des plateformes, j’ai utilisé mes comptes Twitter et Facebook. C’est d’ailleurs assez étrange de voir que ce dernier, qu’on assimile souvent à un paroxysme de futilité et d’intrusion, peut se transformer en arme pour clasher le “grand capital”… dont il est un pur produit.

Disons-le tout “Net”, la lutte que les livreurs ont entamée contre les plateformes aurait été plus complexe sans la mise en lumière exponentielle qu’offrent les réseaux sociaux. Mon travail consistant en partie à observer ce qui se passe dans le petit monde de l’exploitation à bicyclette, je peux dire que les messageries instantanées sont très utiles pour organiser le rapport de forces et j’ai ainsi été le témoin privilégié du revirement médiatique concernant l’ubérisation. J’ai vu aussi comment on est passé de deux grèves en 2016 chez Deliveroo à… quarante en 2017, partout en Europe ! Ça dit des trucs, non ?

Ça dit que 2018 va être “très chaude” et je ne parle pas de réchauffement climatique. Entre la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, dont on nous prépare déjà “médiatsychologiquement” à “un assaut et des morts”… et la pression accrue mise sur les chômeurs, il va y avoir “du très sale” !

Il faudra sans doute moins regarder la télé ou, disons, plus pertinemment, et davantage réfléchir, agir et construire une société plus juste. En attendant, ce que je vois quotidiennement à vélo dans les rues de Paris, c’est la multiplication des SDF et de la mendicité. Difficile de ne pas y voir un parallèle mortifère. J’espère qu’en 2018 une presse encore un peu indépendante mettra davantage en évidence la différence gigantesque entre fraude fiscale et fraude sociale. Il faudra aussi que les gens apprennent à consommer-plus-responsable. On va les y aider avec le Clap (Collectif des livreurs autonomes de Paris – NDLR), et le projet Coopcycle.org. N’oublions pas que “le client est roi mais qu’il n’est de bon roi qui ne soit bien éduqué”, et on ne peut pas laisser cette éducation aux MarchanTs. »

Ian Brossat. « Macron roule à contresens, et à contretemps.»

Vendredi, 29 Décembre, 2017
L’Humanité
AFP PHOTO / PATRICK KOVARIK

AFP PHOTO / PATRICK KOVARIK

2017 vue par Ian Brossat, maire adjoint (PCF) de Paris, en charge du logement.

 

« Je pourrais vous parler longuement ici de la séquence électorale que nous venons de vivre. Je ne vais pas le faire. D’autres l’ont fait. Beaucoup. Jusqu’à plus soif. On ne compte plus le nombre de livres parus depuis sur le grand chambardement intervenu ce printemps. J’ai envie de m’attarder sur autre chose. J’ai envie de vous parler de victoires.

Il s’appelle Mohamed. Je le croise en janvier 2017. On le reconnaît facilement à sa silhouette fluette, légèrement voûtée, son regard émacié d’homme que la vie n’a pas épargné. Il doit approcher les 70 ans. Il travaille encore, à la Goutte-d’Or. Il s’avance vers moi et dit “merci”. La première fois que nous sommes vus, c’était quatre mois plus tôt, sur un terrain de boules, à quelques rues de là. Il n’avait pas haussé le ton, mais il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre qu’il était en colère. Il m’a parlé de son fils, Mourad. Arrêté un an plus tôt, il a passé un an en maison d’arrêt. À l’origine, un incendie, 4, rue Myrha. 8 morts. Les caméras de vidéosurveillance ont repéré un SDF qui passait par là. C’est lui. Un an pour rien. Il n’a rien fait. Un autre avoue, il est libéré. SDF il était, SDF il demeure. La rue, la prison, le retour au bitume. Il y a des histoires qui vous rendent fou. Son père m’en parle donc. On finit par s’en occuper, il remplit la liasse de formulaires épaisse comme le dictionnaire qui manquent à son dossier. Il finit par être relogé. Il a sa chambre, ses clés, son appartement. Une victoire. Et une interrogation quand même : qu’est-ce qu’un système qui produit des injustices comme celle-ci ?

196 mètres de long, 8 mètres de large, 40 000 pétitions pour refuser “un nouveau Sangatte dans le 16e”, beaucoup de décibels, deux tentatives d’incendie. Et désormais, 203 personnes qui vivent ici. Le 4 novembre, nous avons soufflé la première bougie du centre pour sans-abri installé en lisière du bois de Boulogne. Une curieuse impression de calme qui tranche avec le bruit des vociférations entendues un an plus tôt. Les enfants des familles hébergées sont scolarisés dans les écoles publiques du quartier. Certains sont même invités à faire du hockey sur gazon à quelques encablures d’ici. J’en tire deux leçons. La première, c’est que nous avons bien fait de tenir bon. La politique peut être autre chose qu’une longue série de renoncements. Il faut pour cela remercier tous ceux qui n’ont pas flanché, et notamment les équipes de l’association gestionnaire, Aurore, qui ont en plus fait la démonstration de leur formidable compétence. Une deuxième leçon : beaucoup ne croyaient pas que nous allions le faire. Dans le 16e, bien entendu. Mais pas seulement. Dans mon arrondissement, le 18e, j’ai été frappé par le nombre de gens qui n’y croyaient pas. Quand nous avons un centre pour réfugiés à la porte de la Chapelle à peu près en même temps, une drôle de rumeur s’est répandue dans le quartier : comme nous avions échoué à faire celui du 16e, nous l’installions dans un quartier populaire, où il serait moins contesté. En réalité, nous avons fait les deux. Cela en dit long malgré tout. Nous nous sommes faits à la défaite. Nous avons perdu l’habitude de gagner. Et du coup, quand nous remportons des victoires, nous n’y croyons pas nous-mêmes. Et dans ce “nous”, il y a un paquet de monde. Il y a, en fait, une bonne part de ceux qui auraient intérêt à ce que ça change. Il faut retrouver la niaque et l’envie de gagner.

Début décembre, à Barcelone. Première rencontre avec la nouvelle équipe municipale d’Ada Colau. Le contexte est forcément perturbé par le débat sur l’indépendance de la Catalogne. Mais je suis ici pour échanger sur la situation du logement dans nos villes. Cela coïncide, par ailleurs, avec un sommet des villes qui porte notamment sur ces enjeux. Elle est belle, cette nouvelle équipe municipale barcelonaise. Ils ont l’enthousiasme communicatif. Et pourtant, ils ont du pain sur la planche : 1,5 % de logements sociaux, des loyers qui s’envolent, des quartiers cannibalisés par la prolifération des locations touristiques. Mais ils viennent de gagner, et ils ont encore le vent dans les voiles. Ils veulent savoir comment nous avons fait, à Paris, pour atteindre le seuil des 20 % de HLM. Je leur raconte. Pendant ce temps-là, le gouvernement français s’attelle à broyer le modèle français du logement social. Les échanges avec mes collègues d’autres métropoles me le confirment : à Vienne, à Amsterdam, à Berlin, partout se cherchent de nouveaux outils de régulation pour contenir la folie immobilière. Même à Londres. Il paraît que notre nouveau président veut mettre la France en marche. Une chose est certaine : il roule à contresens, et à contretemps. Mais cela veut dire aussi que nous avons des alliés un peu partout pour promouvoir une autre voie. »

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Voeux du Président : des mots, des mots, toujours les même mots

Posté par jacques LAUPIES le 1 janvier 2018

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Même Dalida ne s’y laissait pas prendre !

Parfois je le plains ce Président.  Tant il fait des efforts pour nous convaincre en répétant ce que ses prédécesseurs nous ont dit. En un mot vous allez voir ce que vous allez voir, nous sommes les élus du renouveau, nous allons changer ce que d’autres avant nous n’ont pu ou su faire.

Faire quoi au fait ? En finir avec les blocages que provoquent ceux qui jusqu’ici n’ont pas osé s’en prendre aux avantages sociaux acquis  qui nous coutent cher, empêchent les entreprises de réussir par manque de compétitivité  mettent le pays en situation de dette parce que l’état doit dépenser pour les services publics, la santé, la sécurité sociale.

Plus fort il réussit le tour de passe-passe de faire croire que les salariés – ceux qui ont du travail – sont les premières victimes et qu’il faut supprimer les cotisations sociales. Soi dit en passant en faisant payer les retraités. Et en exonérant les riches en supprimant l’impôt sur la fortune

Mais le compte évidemment n’y sera pas pour ceux qui travaillent et ont travaillé. Le fameux rapport capital-travail va basculer historiquement en faveur du capital. D’ailleurs la pompe est déjà amorcée puisque l’on voit les plus grandes fortunes se multiplier et augmenter sérieusement. 

Tout cela n’est pas le fruit de notre imagination car la plupart des sources statistiques le confirment. Mais cela n’empêche pas les médias qui nous le rappellent de conclure au courage d’un Président qui accompagne le massacre.

On n’est pas à une contradiction près dans les officines du capital. On a les moyens de payer des gens à mentir au peuple. Mais il faut bien envelopper les pseudos arguments de mots, de compassion, de garanties d’expression à ceux qui ne sont pas d’accord avec vous. Ce n’est pas très nouveau…

Ce Président a été fait Président – ou Roi – par le monde de la finance et quelques croupions du réformisme de droite et de gauche et surtout par ceux qui détiennent l’information de ce pays, autrement dit quelques oligarques du privé et des béni oui-oui du public . Il a bénéficié de la désaffection des électeurs et de l’égarement de ceux qui croyant voter pour la révolte votent pour la soumission ou la révolution bidon, nationale ou autre !

Les Français depuis plus de deux siècles, à part quelques sursauts républicains et sociaux, certes très significatifs, ont pour habitude de revenir à des pouvoirs monarchiques, fussent-ils auréolés de la république. Nous y allons tout droit. Ce ne sera ni Napoléon ou sont neveu, ni Louis, ni Charles, ni Pétain, ni les intermédiaires organisateurs de la liquidation ouvrière comme le furent Thiers, Clémenceau ou Jules Moch et j’en passe, non ce sera autre chose ! Mais tous ont un point commun ils ont fait des guerres.

Observez et vous verrez et comprendrez. Comme dit l’animation de Arte : « Vous mourrez moins bête mais vous mourrez quand même ! »

En vous souhaitant quand même une bonne année. 

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C’est le système qui produit les riches et les pauvres qu’il faut abattre !

Posté par jacques LAUPIES le 31 décembre 2017

Il faut avoir été pauvre ou l’être pour comprendre la pauvreté. Ce qu’elle apporte d’humiliation, de résignation, de soumission, de fatalisme mais aussi d’incompréhension pour ce qui la connaissent. Fort heureusement elle ne suscite pas que cela car confronté à la richesse elle fait naitre des sentiments d’injustice, de révolte mais aussi de violence contre la violence subie.

C’est bien connu la révolte et la violence ne sont cependant pas une bonne chose si elles ne se tournent pas vers des solutions, des propositions, des stratégies pour réduire cette pauvreté, la détruire, autrement dit faire la révolution. Pour cela il faut le savoir mais les pauvres en sont éloignés. Ils n’nt que le savoir de leur souffrance pas des causes profondes de cette souffrance qui résulte du combat pour vivre et survivre.

Malgré les religions, les philosophies, la nature solidaire de l’homme qui sait parfaitement qu’il dépend des autres, les riches ne partagent pas. Tout au plus ils acceptent le principe de charité que daignent pratiquer certains d’entre eux. Mais cela ne les conduit pas à partager les richesses accumulées. Bien au contraire ils suraccumulent.

Il n’y a donc d’autre issue pour combattre la pauvreté que d’élaborer les systèmes de solidarité le permettant, de faire en sorte que des lois imposent non seulement la répartition des richesses mais les conditions de création de celles-ci.

La révolution française – et ben d’autres – ont mis un terme (et ce n’est pas encore achevé) à l’aliénation des individus et de leur force de travail mais les féodaux qui s’égorgeaient entre eux afin d’exercer cette tyrannie ont cédé la place aux bourgeois qui s’égorgent entre eux pour une autre tyrannie : celle du libre choix de disposer à leur guise du salariat. Le monde entier a subi ces violences !

Des conflits inévitables qui en ont  résulté  sont nées des idées nouvelles, des lois nouvelles, des rapports sociaux nouveaux réduisant les pouvoirs des dominants mais ces derniers existent, usant du génie (travail, sciences et techniques etc.) de l’humanité dont ils constitueront toujours – si on ne les élimine pas en tant que classe – le cancer qui peut la tuer.

Si nous ne parvenons pas à éradiquer les systèmes  d’exploitation qui gouvernent notre planète, alors les générations futures pourraient bien en crever ! 

Mais ne comptons pas trop sur les riches qu’ils produisent pour faire le travail, comme le démontre l’article ci dessous. 

 

Serge Paugam : « Le regard des riches sur les pauvres signale un danger pour nos sociétés »

entretien réalisé par Lucie Fougeron
Jeudi, 28 Décembre, 2017
Humanité Dimanche
Photo : Hubert Raguet / CNRS Photothèque

Photo : Hubert Raguet / CNRS Photothèque

Ce que les riches pensent des pauvres : cet intitulé, faussement anodin, recouvre une vaste et novatrice enquête sociologique. Dans le contexte de la concentration croissante des richesses et de l’aggravation des inégalités, les travaux sur la pauvreté et ceux sur les catégories supérieures ne s’étaient pas encore croisés. 

C’est à l’exploration de ce lien qu’est consacrée l’enquête comparative menée par les sociologues Serge Paugam, Bruno Cousin, Camila Giorgetti et Jules Naudet. Ils ont interrogé les riches des beaux quartiers de trois métropoles – en France, au Brésil et en Inde – pour analyser leur perception des pauvres et des inégalités. Et, partant, leur vision de la société en régimes démocratiques, à l’heure de la globalisation. Entretien avec Serge Paugam, directeur de recherche au CNRS et directeur d’études à l’EHESS.

HD. Pourquoi consacrer aujourd’hui une enquête sociologique à « ce que les riches pensent des pauvres », et la mener à Paris, São Paulo et Delhi ?

Serge Paugam. Dans de nombreuses métropoles on constate une augmentation de la ségrégation spatiale du fait de la concentration de la richesse dans certains espaces : les riches vivent dans des territoires de plus en plus repliés sur eux-mêmes, coupés des autres couches de la population. Au-delà d’un processus d’agrégation affinitaire déjà bien renseigné, cela ne correspondrait-il pas aussi à une attitude de distanciation à l’égard des catégories les plus défavorisées, aboutissant à une ségrégation discriminante ? Nous avons alors choisi d’explorer le rapport à l’altérité dans ces quartiers. En nous demandant aussi si perdurait l’identification montrée par Louis Chevalier des « classes laborieuses » à des « classes dangereuses » par l’élite bourgeoise de la France du XIXe siècle, et qui fondait leur mise à distance. Pour cela, étudier non seulement la métropole parisienne, mais aussi des métropoles de pays émergents, où les inégalités sont encore plus fortes, est intéressant : la richesse y est très concentrée, la globalisation les conduit à une certaine uniformisation, ce sont des métropoles mondiales et elles connaissent des flux importants de migrations.

HD. Quelle vision des pauvres les riches de ces trois métropoles ont-ils en partage ?

Serge Paugam. A partir des entretiens qui y ont été menés, la méthode comparative a permis d’observer, sur la base de ce qui est récurrent chez les riches des quartiers les plus exclusifs, comment se construit le processus de stigmatisation des pauvres et de leur discrimination. A partir de questions sur le choix du quartier, la façon dont elles y vivent, etc., ces personnes ont en fait abordé d’elles-mêmes ce qui les distingue de ceux qui vivent dans les autres quartiers et, à partir de là, la représentation qu’elles ont des pauvres.

Apparaît tout d’abord la production d’une « frontière morale » : les interviewés sont persuadés d’être porteurs d’une supériorité morale, à préserver de toute contamination pouvant venir du contact avec les autres couches sociales, qui sont donc à mettre à distance. Leur quartier auto-ségrégué constitue cette protection. Ainsi, quand la mairie de Paris a décidé d’implanter un centre d’hébergement pour des SDF et des réfugiés à la lisière du XVIe arrondissement, cette angoisse du contact a violemment ressurgi.

Second élément récurrent : la répulsion physique. Elle est d’abord liée à  l’insécurité : à São Paulo et à Delhi, cette angoisse sécuritaire conduit à vivre dans des condominiums ultra sécurisés interdisant toute intrusion, à craindre les déplacements en voiture et à sélectionner les lieux où se rendre. Si les riches parisiens éprouvent également ce sentiment d’insécurité, il reste toutefois moins intense. La répulsion renvoie aussi à la peur d’être contaminé par le contact du corps du pauvre, porteur de maladies, etc. A São Paulo et à Delhi, ces riches ne prennent pas les transports en commun, ne touchent pas le mobilier dans les lieux publics… Ils expriment un profond dégoût à l’égard des pauvres, de leur apparence, etc., et n’évoquent jamais la possibilité de politiques pour changer les conditions de vie dans les bidonvilles.

En France, on n’en est pas à ce niveau de répulsion, mais la racialisation est frappante chez ces élites pourtant dotées d’un art du contrôle social. La menace est celle des pauvres venus d’ailleurs, soupçonnés de manquement « culturel » aux savoirs élémentaires d’hygiène : les Roms, les réfugiés… La saleté des quartiers est associée à un comportement jugé non civilisé de « certains » types de populations.

HD. Dans ces situations d’inégalités criantes, comment la représentation qu’ont ces riches des pauvres s’articule-t-elle avec leur perception d’eux-mêmes?

Serge Paugam. Cela les amène au besoin de justifier leurs privilèges, qui passe par la justification du sort des autres, et donc de ces écarts. On remarque alors deux tendances. Les pauvres sont perçus comme n’ayant d’autre destin du fait de différences d’aptitudes, quasi génétiques, et ce ne sont pas des programmes sociaux qui pourront changer leur sort. C’est la naturalisation de la pauvreté et des inégalités, qui est une évidence pour les interviewés de Delhi : les classes inférieures constituent une humanité différente. 

En France, les riches tiennent compte de l’imprégnation des principes républicains, de ce qu’ont pu apporter la société salariale et les programmes sociaux au bien-être de la population. Mais s’ils reconnaissent des déterminismes sociaux, ils recourent, en la dévoyant, à l’idée du mérite comme justification des privilèges : les riches sont riches parce qu’ils ont… plus de mérites que les autres, faisant fi de ce qui relève largement d’inégalités sociales. Le terme « injustice » n’est jamais prononcé. 

HD. Peut-on voir dans ces entretiens l’empreinte d’un discours néolibéral globalisé ?

Serge Paugam.  Dans les trois métropoles reviennent les mérites vantés par le néolibéralisme : prise d’initiative et de risque, responsabilité individuelle à laquelle est liée la valorisation du mérite, au détriment de la responsabilité sociale. A ceux qui ne réussissent pas, on attribue des comportements paresseux, une incapacité à faire les bons choix, etc. A Delhi et à São Paulo, ces arguments s’ajoutent à ceux de la naturalisation : ils sont compatibles. On observe ainsi une convergence idéologique néolibérale.  Je constate d’ailleurs dans la société française que  la richesse est de plus en plus valorisée en tant que telle comme idéal de réalisation de soi. Le problème de ce discours décomplexé est qu’il s’accompagne très souvent d’un mépris à l’égard des pauvres et d’une justification idéologique de leurs échecs ou de leurs malheurs.

HD.  Les résultats de votre enquête interrogent frontalement la notion de solidarité… Quelles conséquences en tirez-vous ?

Serge Paugam. Dans les pays très inégalitaires, les riches s’organisent entre eux, les pauvres survivent entre eux, les liens s’expriment en termes d’utilisation des services des seconds par les premiers. La comparaison entre ces trois métropoles montre que dans une société salariale comme la nôtre, où il y a eu des conquêtes sociales, où on a appris que la solidarité nationale est un effort de chacun pour faire face aux aléas de la vie à travers des systèmes de protection au profit de l’ensemble du corps social, les risques de fragmentation sociale sont de plus en plus visibles. Ce qui faisait tenir ensemble des individus au sein d’une société démocratique et ouverte à tous s’affaiblit au profit de solidarités organisées à l’intérieur de groupes restreints. C’est tout à la fois la mixité sociale, la notion d’espace public, la confiance mutuelle qui risquent d’être emportés par ce processus. Cette logique d’entre-soi progresse et est terriblement menaçante, elle interroge le potentiel de cohésion de nos sociétés. C’est ce que montre l’écart entre le besoin de se considérer comme des citoyens solidaires les uns des autres et cette réalité que nous dévoilons – là réside la dimension critique du travail sociologique – et analysons.

POUR EN SAVOIR PLUS

Ce que les riches pensent des pauvres, de Serge Paugam, Bruno Cousin, Camila Giorgetti, Jules Naudet, éditions du Seuil, 2017, 352 pages, 23 euros.

C'est le système qui produit les riches et les pauvres qu'il faut abattre ! riches

 
 

Si les inégalités sont désormais reconnues comme « risque mondial » jusque dans les plus hautes sphères de décideurs – à l’instar du Forum de Davos en 2017 –, apprendre la façon dont les élites les envisagent vraiment est un questionnement original. Cette enquête sociologique en est une première étude, fructueuse. Fondée sur une démarche scientifique – dont la méthodologie est précisément exposée, rappelant utilement ce qu’est le travail sociologique –, elle aboutit, à partir d’entretiens approfondis menés dans trois métropoles mondiales, à établir des invariants dans les perceptions de la pauvreté qu’ont les riches refusant la mixité résidentielle, défendant âprement la frontière de classe. À l’heure du néolibéralisme globalisé, leur convergence idéologique dans la justification des inégalités vient percuter le principe de solidarité au cœur de la citoyenneté dans les sociétés démocratiques. Ces entretiens et leur analyse dévoilent une réalité qui tend à progresser dans nos sociétés et les menacer. Aux acteurs du débat public de s’en saisir.

Humanité Dimanche

 

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